lundi 8 mai 2017

Chroniques de mon autoradio, épisode 12.


Il fut un temps, je ne détestais pas les yéyés. Non que j'appréciais ardemment écouter en boucle le dernier C. Jérôme, mais admettons que, quand Claude François passait à la radio, bah je chantonnais. 
Ce temps est révolu. Il est PUTAIN de révolu.
Je pourrais ne ressentir qu'une vague indifférence négligente, face à un mouvement ringard, mais non : Je les hais. Je pourrais me réjouir de leur mort, comme de celle d'un dictateur sanguinaire.

Cela paraît exagéré ? C'est à voir.

Ce weekend, je me suis retrouvé devant une télévision. Je passe sur la promotion constante du luxe et de la paresse, sur les plages de publicité de cinq minutes toutes les cinq minutes, je passerai même sur le mépris affiché pour toute activité intellectuelle. Par contre je ne passerai pas sur une chose, peut-être plus dramatique : faut-il encore se fader des chansons de ce minable de Claude François ? Cette culture de la nostalgie ? Les émissions de musique dans lesquelles les participants font et refont inlassablement les mêmes erreurs depuis plus de quinze ans ? (Les "é" qui deviennent des "è" quand la note est trop difficile par exemple ? Marche également avec les "o" qui deviennent des "a") Combien de temps faudra-t-il encore supporter ces raclures de fond de chiotte de yéyés nauséabonds ?

Soyons clairs : je n'ai rien contre la musique populaire - c'est même le plus gros de ce que j'écoute - ni même contre la variété - Je ne renie même pas Jean Jacques Goldman, malgré tous ses efforts pour m'y inciter. Composer, jouer est extrêmement difficile et j'ai beaucoup de respect pour le travail de n'importe quel artiste qui joue, chante, écrit, compose, s'exprime.
Ceci dit, là où chez Goldman, il y a un souci réel de composition et d'écriture, apprécié ou non, il y a chez les yéyés un vide, une arrogance et une prétention néfastes. Leur seul apport à la vie culturelle française : avoir repris (mal) d'excellentes chansons d'auteurs-compositeurs anglo-saxons et les avoir littéralement vidées de leur sens comme de leur raison d'être pour faire gigoter de gras fessiers. Si j'avais un marteau est une insulte ouverte ; j'espère que Pete Seeger n'en a pas entendu parler, sinon il y a fort à parier qu'il se serait arrangé pour nous virer de l'OTAN et nous défoncer à coup de bombe H. Chanson contestataire, politiquement et socialement engagée, qui raconte la situation de l'ouvrier désœuvré qui ne demande que le droit de bosser et à qui on ôte jusqu'au droit de s'exprimer, chanson colérique, qui réclame passionnément justice et équité, qui parle de l'exploité qui crève de faim, chanson hymne qui existe pour réunir et encourager les révoltés, faut-il vraiment être fier d'en entendre une traduction honteuse que, dixit Sheila, les chanteurs yéyés s'étaient arrachés parce que c'était un tube ?

Mais peu importe, il faut toujours se farcir ces vaniteux nous cuisiner la nostalgie de cette époque de rêve où on pouvait consommer de l'énergie sans compter, nous tartiner leur réussite qui fait bien plus rêver les bonnes mamans que celle des minables de l'université, pour se faire bouffer en achetant encore et toujours des compilations "têtes de bois" et des tournées "âge tendre". "Âge tendre, tête de bois" ? Âge mou, âge faible, âge manipulé, tête vide, tête soumise, et vos testicules, je les imagine toutes rabougries, comme de toutes petites noisettes moisies : ils faisaient si peur que ça Messieurs Pompidou et Giscard d'Estaing ? Au point de participer à leur grande propagande de pays qui va pour le mieux dans le meilleur des mondes ? À moins, mais je n'ose y croire, qu'au contraire vous en profitiez grassement...
Êtiez-vous des lâches ou des usuriers ?

La chanson est un discours. La chanson parle. Édulcorer une chanson pour la rendre inoffensive, voire pour la ridiculiser, j'appelle cela de la censure. Et non, le "oh ben moi j'aime bien cette chanson quand même", ou "oui c'est ringard mais moi ça me fait marrer" ou "ce n'est qu'une chanson ça ne fait pas de mal", ce n'est pas suffisant : c'est pire.

Les yéyés, c'est la victoire de la politique sur la contestation. Le rêve Macroniste par excellence : une jeunesse qui préfère s'amuser et consommer que se révolter.

Aujourd'hui, la télévision a pris le relais, de génération en génération, et on nous ressort des "Hair" version Julien Clerc sans le moindre propos choquant, pour nous rappeler que cela avait fait grand bruit car "il avait les cheveux longs".

Tu parles d'un scandale.





Depuis des décennies nous devrions être en colère, nous rebeller, chercher à tout faire tomber et à reconstruire le monde que nous souhaitons réellement. Là où Pete Seeger amenait toute une génération à réfléchir et à ouvrir les yeux, les chanteurs yéyés ont détourné son propos et ont ainsi interdit son écoute à tous les jeunes français. Dire qu'on a osé associer Nino Ferrer à cette mascarade !
Depuis des décennies, les media en place cultivent toute une nostalgie de culture faiblarde et ridicule, et on entend Sylvie Vartan nous vanter la beauté de Dalida, avec la superbe et l'assurance de celle qui sait qu'on l'admire tout en dévotion. 
Depuis des décennies, la télévision se cultive sa propre nostalgie de son propre passé et entendre Michel Drucker être ponctuellement grossier fait frissonner les spectateurs.


Petit "message personnel" à tous les artistes yéyés : Vous avez endormi les jeunes. Vous leur avez volé leurs rébellions, leurs messages. Vous leur avez volé leur musique. Vous avez trahi votre propre génération :
Si notre belle démocratie ressemble de plus en plus à un cauchemar Orwelien, vous avez votre part de responsabilité, vous en êtes complices, comme tous ces musiciens qui jouent la musique douce douce et facile composée par des algorithmes pour endormir le bon peuple de la Grande Bretagne de 1984. 




Bande de sous-merdes.








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