jeudi 4 mai 2017

Chroniques de mon autoradio, épisode 10.

Ancien chanteur de grunge (rappelez-vous le groupe Tripping Daisy.), Tim DeLaughter emmène avec lui depuis 1999 un des meilleurs groupes du monde. Composé d'à peine une dizaine de choristes, deux claviéristes, un percussionniste, un bassiste, un trompettiste, un guitariste, un flûtiste, un tromboniste - si si, ça existe - , un violoniste, un harpiste, un joueur de cor français et un musicien d'électro, les Polyphonic Spree, modestement vêtus de longues toges véhiculent une image posit - STOP

Elle est nulle cette intro. Les Polyphonic Spree méritent mieux que ça. Mais puisque je ne sais strictement rien d'eux, je vais plutôt parler de moi.

J'avais 25 ans, festival la route du rock, mon foie et mes poumons commençaient déjà à se plaindre de se que j'avais pu ingérer. j'étais venu écouter Sonic Youth. C'est bien Sonic Youth. Évidemment, dernier concert de la soirée, il a commencé par un larsen de cinq minutes, puis une batterie martelée, les harmoniques suraigus se fondant peu à peu en une nappe bruiteuse à mi chemin entre un synthétiseur Moog et un aspirateur Electrolux quand on a coincé un jouet du chat dans la tête ; et puis bon, Kim Gordon faisait la gueule, donc tout va bien.

Sauf que, sauf que, curieusement j'en avais pas grand chose à foutre. Une autre ritournelle me tournait en tête ; qui parle de soleil, de se soutenir, d'humanité, d'amitié, de solidarité. Une bonne heure avant, les Polyphonic Spree étaient arrivés sur scène. Quasiment inconnus de tout le public, les sept cent cinquante (environ) musiciens ont envahis la scène, non mais c'est quoi ces mecs en aube sans déconner ? En plus y'a une harpe.

Deux minutes.
Pas plus.

Je jurerai qu'il ne leur a pas fallu plus de deux minutes pour donner le sourire à tout le public. La chanson "it's the sun" a ce pouvoir. Une intro de trompette rythmée de violons qui semble placer une atmosphère calme, reposante. Une vraie chaleur dans le bide. Mais une tension s'installe, les chœurs répètent et scandent puis s'épanouissent dans cet hymne simple "it's the sun and it makes me shine". "Soon you'll be OK, and it makes me smile", la voix d'un ami qui nous réconforte et nous dit que t'en fais pas ça va aller. Et qui en a l'air heureux, comme si seule cette idée semblait importante.

Envie de tous se donner la main. De s'écouter. De parler. Une envie d'intelligence, de partage. L'idée que peut-être on pourrait se sentir soudé face à une éventuelle montée du fascisme en France plutôt que de se juger mutuellement et se prendre de haut, de se cracher à la gueule, et de se donner des leçons, de se traiter d'abstentionniste, d'antimacroniste primaire, de sympatisant-FN, de banquier, d'esclave du grand capital puis probablement de se reprocher le lundi matin les résultats de la veille à grand coups de dénonciations et de tonte de cheveux ...

Tim DeLaughter a fondé les Polyphonic Spree après la mort de Wes Berggren, leader-guitariste du groupe Tripping Daisy. Il a déclaré - attention, citation inexacte dans 3, 2, 1 ... - qu'à force de chanter l'auto-destruction, on finit par s'autodétruire, alors bon, peut-être que si on chante l'amour les gens finiront par s'aimer ? Peut-être que si on écoutait tous les Polyphonic Spree, on aurait la capacité de s'écouter et de parler ? Non je divague, malheureusement ...

Curieusement, ce soir-là, les jérémiades post-adolescentes de Thurston Moore me semblèrent bien puériles. Et alors qu'il me semblait vaguement reconnaitre des riffs de l'album Goo, je me chantonnais

"You gotta be good
You gotta be strong
You gotta be two thousand places at once"

et le monde semblait avoir du sens ...



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