vendredi 20 novembre 2015

îlots ...

Les réactions sont nombreuses. Les miennes aussi d'ailleurs. Les réactions sont enflammées, enragées. Les miennes aussi d'ailleurs.

Au beau milieu de cette foule, on pourrait croire ne plus rien entendre. D'aucuns, racontent leur deuil, partagent leurs craintes, d'autres y vont de leur air supérieur en publiant un texte choc et comptent les like. Les analyses politiques et sociologiques se multiplient, les appels à la vigilance aussi. En voilà qui reprochent l'hypocrisie de tous ceux qui pleurent nos victimes mais pas celles des attentats du reste du monde, alors qu'eux mêmes ne les pleurent que d'un œil lorsque Pujadas les leur présente devant le gratin Dauphinois. Et ça parlote, et ça théorise, et ça se trompe, et ça change d'avis ou se bute. Un brouhaha terrible ! Un vacarme effroyable ! Pareil finalement, à celui d'une fosse de salle de concert ... Entassés, nous gueulons, crions, n'entendons finalement rien, nous reprochons au mec d'à côté de nous avoir marché sur les pieds tout en piétinant le sac de la poupinette juste devant. Nous nous lions subitement d'amitié avec un inconnu parce qu'il est là pour la même raison que nous ... 

Ce n'est que lorsque la grosse caisse frappe et que le tremolo square wave du guitariste vient enfin nous pulser le ventre que nous nous rappelons pourquoi nous sommes là. Nous vibrons tous d'un même chœur, d'une même âme, et soudain nous voilà chantant/braillant les mêmes refrains. Il fait chaud, on est à l'étroit, on peut à peine respirer mais voilà pourquoi nous sommes là. Nous supportons tout cela pour être ensemble et partager quelque chose.

Il faut bien admettre que nous sommes loin d'être tous/tous loin d'être irréprochables, moi le premier. Face à la souffrance, il nous faut donc parler, échanger et accepter de se tromper, d'être allé trop loin. Chacun tente de réagir au mieux dans l'urgence, dans un monde qui ne prend plus de temps, pour se poser, pour décompresser. Il faut réagir au plus vite, être responsable, exister dans une foule bruyante. Il faut dire quelque chose d'intelligent, vite, vite. Face à l'inconnu, face à la douleur, face au danger, impossible d'accepter de ne pas savoir, de ne pas comprendre. Chacun s'imaginera donc expert à sa façon, spécialiste sur le tas.

Pour autant, nous sommes là ensemble. Et dans ce bordel ambiant, quelques idées merveilleuses surgissent, tant elles semblent omniprésentes. Union. Vigilance. Empathie, Intelligence ...

L'image qui m'a le plus marqué ces derniers jours ? Une photo de Syriens qui alors qu'ils subissent des bombardements quotidiens nous soutiennent ... Pourquoi font-il cela ? Ils souffrent bien plus que nous, non ?
La question ne se pose pas, en réalité, pas en ces termes. Ils comprennent ce que l'on vit, et souffrent avec nous, c'est tout. Notre malheur ne les soulage pas, il nous rend plus proche d'eux ... Et c'est aussi ce qui se passe pour nous.
Aujourd'hui, lorsque j'entends parler d'un massacre commis par Boko Haram, d'un attentat au Niger, je me sens plus proche d'eux que jamais. J'imagine l'inquiétude des survivants, papa rentrera-t-il ce soir ? Que faire de cette angoisse ? De cette douleur ? Et tout est chamboulé, le monde ne sera plus jamais le même. Quels repères reconstruire ?




Soudain, dans tout ce bordel, on entend ici ou là, une voix qui porte plus que les autres ... Une voix qui nous aide à comprendre nos émotions, nous aide à réfléchir, humblement, à notre place. Madame Latifa Ibn Ziaten qui depuis des années va parler aux jeunes des banlieues avec émotion et intelligence. Un papa, bouleversé, qui explique à son gamin que les fleurs et les bougies nous protègent des méchants, parce qu'il faut bien rassurer son gosse sans lui mentir. Cet autre homme, veuf, raconte aux terroristes qu'ils n'auront pas sa haine, ni celle de son enfant.

Certaines personnes sont des îlots de paix. Évidemment, des grand noms, Martin Luther King, Gandhi, Mère Thérésa, le Dalaï Lama. Et puis il y en a juste à côté de nous. Il faut savoir les voir.




J'en connais deux. Ils vivent en couple. Rémi et Badé. Mon beau-père et sa compagne.
Nous étions avec Rémi lorsque nous avons appris la nouvelle des attentats, et quoiqu'il ait bien plus de raisons d'en être touché que nous, il est resté digne. Je commençais à paniquer, me suis jeté sur le téléphone et sur Facebook pour avoir des nouvelles des potes de Paname, lui, est resté calme et posé. On a parlé, réfléchi. J'ai pu alors penser à mon rôle de professeur et à ce que je devrai dire le lundi matin. Je me suis senti plus fort. Les pieds sur terre. Et puis merde, c'est dur pour tout le monde, mais plutôt moins pour moi que pour les autres. Aussi, je me rendrai utile. La colère bouillonnait en moi et puis je me suis dit que c'était une belle réserve d'énergie.

Depuis des années, ils ont, tous les deux, cet effet là sur moi. Empathiques, ils semblent comprendre ce que je ressens lorsque j'en parle. Calmes, posés, intelligents, cultivés, nous pouvons parler d'à peu près tout, sans langue de bois. Ils nous encouragent dans nos choix de vie, comprennent les risques que nous prenons et nous font confiance. Nous ne sommes pas toujours d'accord, mais pouvons discuter. Naturellement, le fait de les fréquenter m'a ouvert aux gens, proches, moins proches, au monde, à la nature, à l'écologie, à une éthique mondiale ... 
Moi qui ai toujours eu l'impression d'être un énervé, toujours en colère, je me sens le courage de devenir sage à leurs côtés.

Dans le monde actuel, où nous sommes tous dans la même fosse de salle de concert car nous y croyons, car nous voulons tous que le monde aille mieux, il faut vraiment réfléchir au groupe que l'on veut mettre sur scène. Celui qui nous guidera et que nous suivrons ...
Dans un monde actuel, où nos dirigeants nous mentent, nous méprisent (il n'est nul besoin de rappeler le comportement de N. Sarkozy, des républicains à l'assemblée, des Le Pen ...), récupèrent nos morts pour pisser sur leurs cadavres encore tout chauds et piquer leur portefeuille comme salaire, il faut réfléchir aux gens que l'on veut écouter. Ceux qui nous guideront et que nous suivrons ...


Aussi, j'aimerais lancer un appel à tous ces îlots de paix, tout en sachant qu'ils ne comprendront même pas que l'on s'adresse à eux. Ces gens sont formidables, mais ne le savent pas.



Merci à vous.
Merci à tous les gens de paix.
Merci Badé, merci Rémi.






lundi 16 novembre 2015

La relève, ça va ...

Après réflexion, je retire cette dernière note de blog, écrite sous le coup de la colère. Elle manquait probablement de recul. Je ne conserverai qu'une chose de ma catharsis : les jeunes sont bien plus ouverts, humains et intelligents qu'on ne veut bien le croire, ou le voir. Je vous laisse donc avec le dernier paragraphe, que je laisse en l'état :



La relève, ça va ... 
Générations Y ou Z, ou quelque soit le nom que l'on vous donne et dont on se fout royalement, vivement que les vieux lourdingues vous laissent le champs libre, et par pité, par pitié, restez libres, restez intègres, restez intelligents, et gardez tout ça dans un coin de votre cerveau ...

Merci.

dimanche 15 novembre 2015

Lettre ouverte ...

C'est évidemment avec la rage au ventre que j'écris cette note. Comme la précédente, elle sera donc rédigée d'une traite, sans relecture.
Les "évènements" m'ont meurtri au plus profond de moi. Je suis aujourd'hui plus pessimiste que jamais. Ai-je peur de la guerre ? Bien sûr, il faudrait être idiot pour la souhaiter. Suis-je surpris ? Pas réellement.

Aujourd'hui, les "politiques" commencent déjà à récupérer ces évènements, qui se pare d'un uniforme de chef de guerre, qui fomente et trahit, qui prépare son couronnement prochain. La France est en guerre ? Oui, cela semble évident. NOUS sommes les victimes, mais n'oubliez pas : ceci est "votre" guerre les amis. La votre. A vous, les Sarko, Hollande, Valls, Le Pen. Pas la notre.
Comme le disait Jean-Paul Sartre, "quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent". Vous nous sacrifiez sans égard puis récupérez notre sacrifice, mais rappelez-vous (rappelons-nous tous) une chose. Vous n'avez pas été choisi par les Français. Vous avez été choisis par défaut parmi le petit échantillon d'enfoirés que l'on nous proposait lors d'un jeu de dupe, à grands coups de sondage bidons (tout mathématicien sait cela). L’abstention signifiait cela, a toujours signifié cela. Vous avez écrit les règles du jeu pour que ce vote ne compte pas, pour vous garder une crédibilité et continuer à jouer votre comédie dans votre château doré, mais vous êtes illégitimes. Depuis bien longtemps les élections ne sont plus qu'une comédie qui ne sert qu'à asseoir votre pouvoir, et vous nous manipulez à nouveau en pointant du doigt le FN dont on fait prétendument le jeu, alors qu'il vous sert de bouc émissaire ...
La France se réjouissait en 2015 de ses ventes d'armes. La France représente peut-être ce que les fanatiques détestent et veulent réduire à néant, mais surtout, la France exploite et asservit depuis des années, et devient donc une cible à abattre. 
Valls promet une réplique "oeil pour oeil, dent pour dent". C'est curieux. Pendant des années, dans l'éducation prioritaire, je me suis évertué à faire comprendre aux jeunes que ce n'était pas une réaction intelligente ou empathique. Eux parviennent à le comprendre. 

Je ne veux pas d'une réplique "oeil pour oeil". Je ne veux pas d'une guerre. Je veux qu'on défende des peuples, pas que l'on se venge. Je ne veux plus écouter l'élite de notre nation parler de paix en inondant le moyen orient de ses armes ...

Vous, nos grands, nos puissants ...
Vous me dégoûtez, vous m’écœurez. Vous nous manipulez, vous vous servez de nous, vous nous montez les uns contre les autres. Et bien vous savez quoi ? Vous vous plantez.

Vous pensez que je vais haïr mon prochain ? Que je vais haïr les musulmans ? Que je vais haïr les "fachos" qui manifestent contre l'Islam parce que VOUS leur faites croire que les musulmans sont responsables ? Que je vais haïr les peuples asservis par la France ? 
Vous vous plantez tellement ...

Je vais continuer à aimer. Je vais continuer à penser que si vous cessiez de maintenir le tiers-monde dans la misère, nous pourrions à nouveau communiquer. Je vais continuer à agir en ce sens, à surveiller ma consommation et à qui revient mon argent pour ne pas financer d'ordures. Je vais continuer à arrêter de manger de la viande pour permettre aux sud-américains de relancer une agriculture vivrière. Je vais continuer à financer le moins possible des banques qui mouillent dans des histoires de blanchiment d'argent sale et de trafic d'arme. Je vais continuer à essayer de discuter tant que je le peux avec les fachos parce que ce ne sont ni des monstres, ni des ordures mais juste des gens qui ont peur, sans savoir de qui. Je vais juste continuer à aimer. Et vous savez quoi ? Vous savez ce qui s'est passé la nuit du 13 ? Les gens hastagaient "porteouverte" pour accueillir des inconnus chez eux par centaine, la trouille au ventre, mais parce que si on peut le faire, il faut le faire. Face à une telle détresse, les hommes sont solidaires ...

Et pour couper court à tout discours moralisant : Oui, effectivement je ferais moins le malin avec le canon d'une Kalash dans la bouche. Bien sûr. Mais ce n'est pas le cas et tant que j'ai la tête froide j'en profite. J'ai tout autant été affecté par tout ceci que tout le monde. J'ai eu tellement peur pour tous mes amis et ma famille vivant sur Paris ... Je suis tout autant inquiet pour ma femme qu'on peut l'être et je suis loin d'être rassuré pour mes amis musulmans. 
Mais de là à diaboliser ?
Les "fachos", les terroristes, les racistes, les cons, les beaufs, sont des hommes, pas des monstres. Comment en sont-ils arrivés là ? Comment en vient-on à penser que le meurtre de gens qui boivent l'apéro ou écoutent la musique d'un groupe qui se marre un coup règlera quoi que ce soit ? C'est cela qui m'intéresse. Car si l'on ne pense pas le problème à la racine, nous ne faisons que le jeu des terroristes ; et des politiques du coup, si vous m'avez suivi. Nous ne devons pas avoir peur. Nous devons ne pas avoir peur du terrorisme. Mais ce n'est pas suffisant.


Restons raisonnables. Discutons. Partageons. Ne laissons pas la peur nous envahir. Ne laissons pas la haine et la colère se tromper de cible. Dirigeons les vers les véritables responsables, ceux qui affament, appauvrissent, s'enrichissent sur le dos de peuples asservis, ceux qui exploitent notre planète et les hommes, qui nous conduisent vers des catastrophes écologiques et sociales, mais qui parlent tout de même de paix.











vendredi 13 novembre 2015

non, non, non ...

Je suis horrifié. 
Ces attentats ignobles ont eu lieu là même où il y a moins de cinq ans nous gambadions gaiement, ma compage et moi-même.
Je suis terrifié. 
Là-bas même, des gens que j'aime vivent et travaillent, sortent pour gagner leur croûte et celle de leur famille. Pour faire de belles choses, genre s'occuper des gamins en éducation prioritaire. Les aider à s'intégrer dans leur belle différence ...

Les attaques terroristes actuelles sont sans précédent. Oh, nous avions bien vécu quelques exemples d'ignominies meurtrières et explosives évidemment, St Michel, Charlie.

Depuis plusieurs mois, plus exactement depuis les dernières élections européennes, nous sentons quelque chose de différent dans l'air. Une discussion avec mon ami Manu, alors que je vivais à Sarcelles, a cristallisé ces craintes diffuses. Quelque chose de menaçant, un parfum d'abomination apocalyptique, une angoisse de guerre sourde et indicible.

Je suis perdu. 
Il y a quelques années, nous descendions station Oberkampf avec les amis pour aller nous amuser quartier de la république. Pour la première fois de ma vie, j'ai des vues de cette place désertée et je ne parviens pas à relier ces images à mes souvenirs.
Je suis meurtri. 
Un détail simple. Depuis des années, j'adore Josh Homme et sa musique pleine de second degré, et il faut qu'il soit là, juste dans cette putain de salle. Ils sont allés attaquer des innocents, qui ne cherchaient qu'à s'amuser et profiter de la vie, à retrouver des amis en terrasse ou au restaurant, à se balader au bord du Canal ... 

Depuis plusieurs mois, nos peurs durcissent de jour en jour. Les attentats à Charlie Hebdo sont venus, entre autres, nous les confirmer, forts d'absurde et de bêtise, mais également la réaction des ignorants. Nous avons eu le droit à notre premier "ils nous volent notre travail", au milieu de "ils ne sont pas chez eux" lors d'une discussion anodine entre voisins. Le FN qui monte qui monte. Les réactions de rejet crasse.

C'est idiot, c'est absurde. Je ne sais pas où regarder. 
Paris est une de ces grandes villes qui subissent des attentats, de celles que jusqu'à présent je voyais de loin aux infos à travers un filtre écran+journaliste.
A vous tous qui me lisez. Prenez des nouvelles des gens que vous aimez, profitez d'eux. 

Le plus dur est devant nous ...
Courage.