dimanche 15 mars 2015

L'éducation nationale, pour ma part ...

Bonjour à tous.
Voila donc une dizaine d'années que j'enseigne les mathématiques. Pendant neuf années, longues, stressantes mais ô combien enrichissantes, j'ai grandi et me suis construit, professionnellement et humainement, dans un établissement d'éducation prioritaire à Garges-lès-Gonesse. J'ai donc côtoyé ces sauvageons dont on nous vend une caricature, basse, vile, aux informations.
Cette année, j'ai fait ma rentrée dans un tout autre milieu : lycée "huppé" de province, perdu au milieu de la campagne où nous nous sommes réfugiés, ma compagne et moi, pour des raisons écologiques. Car s'il est une chose qui aujourd'hui a évolué chez moi, c'est bien ma conscience écologique ...
Je suis malheureusement persuadé, et les chiffres abondent en mon sens, que notre système va s'effondrer très vite. Les réserves de pétrole s'amenuisent, d'aucuns avancent, et j'ai mes raisons de les croire, que nous avons moins de cinquante ans de pétrole devant nous (rappelons que sans pétrole, pas d'essence, pas de plastiques, pas de bitume ... On peut rêver tant qu'on le souhaite aux voitures électriques, qui multiplieront les centrales nucléaires, mais nous n'aurons même pas la possibilité de produire de pneu. Même pour nos vélos ... ), les pesticides détruisent la microbiologie des sols et les rendent stériles (et soumis aux fertilisants de Monsanto, autant dire à une famine prochaine), les pollinisateurs sont décimés ...
Et dans ce contexte, un Français continue à vivre comme si nous avions trois planètes à notre disposition, un américain, six ...
Aussi, nous sommes nous engagés, avec ma chère et tendre, dans une nouvelle vie. J'y reviendrai plus tard. Et que ceux qui estiment qu'il est hypocrite de se plaindre et de crier au loup tout en utilisant un ordinateur pour poster sur son blog comprennent qu'il ne s'agit aucunement de revenir à l'âge des cavernes puisqu'un rythme de vie équivalent à celui d'un français de l'immédiate après-seconde-guerre-mondiale est considéré par Serge Latouche , grand économiste penseur de la décroissance, comme suffisant. Ce n'est pas remonter bien loin.
Bref.
Je m'égare déjà.
Aujourd'hui donc, en construction d'une vie guidé par une envie de sobriété heureuse, je me retrouve à bosser au lycée. Et c'est TRES difficile.
Les élèves sont géniaux. Comme ceux que j'avais avant. Un élève est par essence un être génial, pas tout à fait fini, donc plein de contradiction mais avec l'énergie de les résoudre. L'adolescent ressent l'absurde bien mieux que l'adulte : il n'a pas encore eu le temps de se construire de mensonge-murailles pour s'en défendre. Je prends un plaisir inouï à travailler avec eux.
Le problème se situe ailleurs.
Permettez-moi de commencer par un exemple, je ne sais pas trop par où attaquer le problème.
Le lycée dans lequel j'enseigne est conçu pour accueillir sept cent élèves. Il en accueille aujourd'hui mille trois cent. Les élèves ont donc des emplois du temps à rallonge, le lundi, une de mes classes de seconde travaille neuf heures ... et termine par des mathématiques ! (Sans compter les emplois du temps ... chaotiques des professeurs : Une de mes collègues, à temps partiel (80%), a une seule demi-journée de libre ... Une absurdité.)
Quand se décidera-t-on à construire un nouveau lycée ? Non, on va plutôt lancer des projets d'agrandissement, insuffisants bien sûr ...
Plus d'argent pour cela ?
Ok. Mais alors, pourquoi l'établissement est-il blindé d'ordinateurs ? Il y a des ordinateurs dans toutes les salles. Il faudra probablement les changer dans cinq ans. Et pour protéger les machines, plus de craies, dont la poussière est si dangereuse : tout le monde au tableau blanc VelledaPour information, un feutre Velleda, ça dure en gros trois semaines dans les mains d'un prof. Après on jette, et on rachète. "Moins on reprise plus on se grise". Sur les trente-six semaines d'une année scolaire on est déjà rendu à quarante-huit feutres en une année. Jetables. Du déchet. Comme ça, gratos. C'est cadeau. Le gag : Notre lycée est estampillé développement durable ! Si si, si c'était moins grave, ce serait drôle. Non en fait, c'est tellement ridicule que c'est drôle.
D'ailleurs d'où vient cette dictature de l'informatique ? A priori plutôt passionné pourtant, je ne peux que constater que c'est un échec complet. Tout d'abord, pourquoi tout le monde devrait-il avoir un ordinateur ? Ah pardon, je passe déjà pour un extra-terrestre quand je dis que je n'ai pas la télé en salle des profs. Et quand je dis que je suis passionné de jeu vidéo, je passe pour un attardé ! Quelle ouverture d'esprit dans le monde enseignant ... Cette culture de la doxa ...
(Je précise que tous les collègues ne m'ont pas pris pour un débile. Quelques uns seulement tinrent des propos vaguement méprisants. Je m'enflamme un peu. Mais c'est pour cela que vous aimez me lire, non ?)
L'établissement d'où je viens était déjà "tout numérique". L'intendance nous a un soir envoyé un mail pour se plaindre de notre consommation de courant. Sans déconner ? CHAQUE TABLEAU DU COLLEGE ETAIT UN PUTAIN DE VIDEPROJECTEUR RELIE A UN PC ! Evidemment que ça consomme ! Sans parler de l'immense télé en salle des professeurs qui était branchée matin, midi et soir. Et même la nuit !
Et si cela avait un intérêt pédagogique. Mais au contraire ! En mathématiques par exemple, cela pénalise les élèves qui doivent "passer au concept". Fin troisième, ils peinent aujourd'hui pour la plupart à voir plus que des dessins et des calculs. Les chiffres de réussite en France sont effrayants. Et pourtant les enfants n'ont jamais été si bien lotis : des logiciels de géométrie dynamique, des tableurs ... Oui, mais les mathématiques sont faites pour être pratiquées au stylo sur une feuille, avec une règle et un compas. Le reste n'est qu'outil. Outil formidable, mais outil. L'agriculture ne se limite pas au tracteur. Et enseigne-t-on le dessin en imposant Gimp dès le début ? De plus, travailler sur feuille incite à utiliser son imaginaire, puis à progresser : conceptualiser quand l'imagination ne suffit plus. Regarder un écran et des jolis traits qui tournent permet de regarder des jolis traits qui tournent. C'est joli, mais cela ne prend de sens que si l'on est déjà dans le concept. Et pourtant l'inspection est à fond, et honnis soient les professeurs qui enseignent le théorème de Thalès sans la sacro-sainte activité informatique idoine. Et pour cela, on dépense des fortunes, en argent, en énergie et en intelligence ...
Continuons : Il semble que les consignes données aux chefs d'établissement soient claires ces dernières années. Tout élève qui le souhaite semble pouvoir venir en seconde générale. Même s'il n'a aucune chance. Ce qui revient à le condamner à l'échec : Les années précédentes, j'ai vu des élèves, parfois en situation de décrochage, envoyés en seconde générale, alors qu'eux-mêmes voyaient, et nous disaient, qu'ils en étaient incapables ... Cette année, je vois arriver en seconde des élèves paumés, qui ne comprennent pas ce qu'ils font là, qui n'ont pas les bases.
Résumons : l'éducation nationale crée de l'échec. Elle est vulgaire, aliénante, hypocrite, abrutissante, dictatoriale, et participe (trèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèès) activement à la spirale vicieuse de la crise énergétique.
C'est la crise. Je suis fonctionnaire de la république. En période de crise je suis moins bien payé (en tenant compte de l'inflation et du gel des salaires des fonctionnaires, je touche à peine moins qu'il y a cinq ans, malgré une avancée d'échelon). C'est normal, à mon sens. Mais que mon rôle soit dévoyé, traîné dans la boue, que mon savoir-faire soit perverti, je ne le supporte pas. Comment supporter que les mathématiques, que j'aime, qui me passionnent, qui sont une des plus belles disciplines humaines, soient réduites à de l'utilitaire et à de la sélection ? Comment faire confiance à une république qui assassine scolairement ses enfants et qui rejette la faute aux professeurs qui doivent pourtant bien composer avec ses contradictions ? J'ai choisi ce métier car il y a un combat à mener, car il construit la république. Mais aujourd'hui, qu'en penser ? Il semble aller à l'encontre même de ce pour quoi je me bats le reste de ma vie ...
Et l'on se plaint de l'abstention ?
Un jour peut-être, aurais-je à nouveau confiance dans le gouvernement de cette république que j'aime. Mais aujourd'hui, je vois surtout un groupe de couilles molles soumises à Dassault et Monsanto, et qui serrent les dents pour être réélus afin pouvoir continuer à s'offrir des déplacements en jets privés, des gens dont le rôle est de nous protéger et qui nous ont pourtant vendus au plus offrant, des êtres humains dont la faiblesse met l'humanité entière en danger.
Si je continue à me battre aujourd'hui, c'est pour les gosses.

Usul ...

Il y a quelques temps de cela, mon ami Manu m'a fait découvrir quelques chaînes youtube : Celle du joueur du grenier, celle d'Usul, celle de RealMyop ...
Ces noms ne vous disent peut-être rien, ou peut-être au contraire tentez-vous de cacher leur familiarité comme le professeur face à un élève qui lui parle de Katsuni.

Que cela soit dit : je suis ce qu'il convient d'appeler un geek. Je suis passionné par le jeu vidéo, la bande dessinée, le cinéma populaire, j'ai passé plusieurs centaines d'heures sur Diablo II, j'ai fini GTA III et Vice city à 100% ... et durant de longues années, j'ai caché cela, honteux, au point de le nier et de tout refouler.

Mais c'était il y a longtemps, et cette dernière année, je me suis assumé au point de créer avec deux collègues une classe "éducation à la pratique vidéo-ludique" au collège. Une première en France, si si ! J'ai même eu droit à une télé sur Nolife à une heure de grande écoute, et à des retours passionnés, passionnants et enthousiastes. J'ai ressorti toutes mes vieilles consoles, suis parti en quête de nouvelles, me suis documenté, ai beaucoup réfléchi, construit, me suis plongé dans bien des aventures vidéo-ludiques ...

Rien de tout cela ne serait arrivé sans Usul, de son nom complet "Usulmaster" (nom qui combine un goût évident pour la SF de qualité et une emphase très adolescente). Le jeu vidéo est-il un art ? En quoi apporte-t-il réellement quelque chose de nouveau ? Dans la narration ? Quelle signification apporter à l'interactivité, au gameplay ? Tant de questions qui m'avaient alors abordé et auxquelles je n'osais réellement me consacrer, préférant me plonger dans Euclide ou Descartes, trouvèrent alors un terreau favorable. La plume d'Usul, toujours sobre et élégante, drôle, révèle une pensée construite, documentée, solide, et mon univers a immédiatement adopté ce nouveau penseur, aux côtés de bien plus célèbres et universitaires.

Une pensée intéressante sur le jeu vidéo ? Enfin !

Il faut dire que cela arrive à point nommé : ma génération, qui a grandi avec la Nintendo première du nom et la game boy, a aujourd'hui trente ans, et nombreux sommes-nous à sentir une petite larme nostalgique aux notes de M. Koji Kondo. Le "retro gaming" a depuis quelques années le vent en poupe et l'émulation nous permet de revivre ses oeuvres les plus illustres, les redécouvrir, et les regarder de notre œil adulte, nourri de trois décennies de Culture avec un grand C.
Si je ne remercierai jamais assez Usul de m'avoir initié à l'oeuvre de Shigesato Itoi (Mother, trilogie de jeux beaux à pleurer dont la musique fait aujourd'hui partie des favoris de mon iPod), c'est je pense toute une génération, peut-être même un communauté, qui devrait le remercier d'avoir ainsi ouvert une voie. Ne rêvons plus : le jeu vidéo, à l'université ? Ce n'est plus un rêve mais un projet, puisqu'il est aujourd'hui accueilli à bras ouverts dans les collèges.
L'image du gamer mal dans sa peau dans une chemise trop petite, avec des grosses lunettes et des cheveux gras a fait long feu. (D'autant que ça donne un look assez hipster).De nos jours le jeu vidéo fascine, intéresse, interroge, et s'il reparaît régulièrement diabolisé par les propos ignares d'un présentateur ignared'un journal télévisé ignare, ces propos sont bien vite balayés par un reportage ignare d'un journalisteignare au sujet de GTA V (jeu pourtant d'unre rare violence) et de ses bénéfices vertigineux (Bande d'ignares !).

Que dire d'autre ? Les auteurs et créateurs de qualité prolifèrent, le jeu indépendant explose, il ne manquait qu'un recul culturel au jeu vidéo pour lui donner enfin la grandeur qu'il mérite. Usul en a écrit la préface.

Cela pourrait être tout mais non. Même pas. Depuis quelques temps, Usul a quitté jeuxvideo.com pour se lancer en youtubeur indépendant pour parler bien sûr de jeu vidéo. politique et sociologie
Je l'ai attendu au tournant, méfiant comme je peux l'être de tous ces gens qui ont une conscience politique.
Mais quelle surprise ! Là encore sa plume est sobre et élégante, drôle, révèle une pensée construite, documentée, solide.

Chaque reportage fourmille de documentation et soulève mille questions. Je n'ose ajouter "enseigne" car Usul n'est pas universitaire et le sait. Il n'est pas là pour nous dire ce qui est vrai mais pour nous présenter l'état actuel de sa pensée.


Je n'ai pas suivi émission aussi intéressante depuis longtemps.



Que dire de plus ...

Ma petite France ...

Ma France, ma petite France, mon pays, n'aie crainte. Que telle souffrance nous prenne aux tripes prouve encore que l'on t'aime.
Nous nous sommes égarés, nous avons tout cru acquis. A 35 ans, je n'ai jamais mis la main au fusil. Cela me semble normal. Cela me semble juste alors même que c'est une chance incomparable. J'en oubliais que tu m'en protégeais. Nous subissons la crise alors même que notre niveau de vie aurait fait rêver nos aïeux. Nous nous sentons exploités alors même que nous consommons des produits fruits de l'esclavage ou de l'asservissement de peuples entiers.
Aristocrates, enfants gâtés !
Qui a besoin d'une télévision 127 cm s'il n'a pas les moyens de faire manger convenablement ses enfants ? Cela mérite-t-il de cautionner passivement le travail d'autres enfants dans des usines en Corée ?
Qu'a-t-on besoin d'un smartphone, et que valons-nous si nous en changeons tous les deux ans, alors même que son écran tactile est le fruit de guerres civiles qui détruisent des civilisations ?
Qu'a-t-on besoin d'acheter des tomates qui viennent d'Italie, alors même que le producteur, là, juste à côté, peine à vendre les siennes ?
Pourtant le contexte est suffocant.
Les élèves du collège où je travaille n'ont jamais semblé aussi perdus ou malheureux ...
Aussi incroyable que cela semble, les solutions sont là. Elles sont simples.
Non. Il ne s'agit pas de problèmes de mœurs, de mariages sodomites qui nous attireront les foudres du seigneur ou d'étrangers qui nous volent notre travail à régler. C'est bien toute la différence entre simple et simpliste.
Ne comptons plus sur les politiques pour nous sortir de cette crise. Ils n'y peuvent rien. Ne leur demandons plus l'impossible, nous n'avons plus quatorze ans ! (Sauf ceux qui ont quatorze ans, auquel cas : révisez le brevet, c'est dans un mois !) Confions-leur ce que nous pouvons leur confier : notre sécurité, notre éducation, notre santé, notre nation ... La situation économique actuelle est de l'avis général un chaos imprévisible pris dans un vortex d'entropie qui ne peut que s'effondrer à plus ou moins long terme et dont il semble difficile de se sortir.
Qui aujourd'hui croit encore en notre modèle économique ?
Nous devons à tout prix, prendre la mesure de notre responsabilité. Un exemple ? Soit.
"Oulah, il n'y a bientôt plus d'essence et ça pollue : Créons des voitures électriques.
Ah mince : Pour l'électricité il faut des usines nucléaires parce que les énergies renouvelables ne produisent pas assez.
Pas de souci : Inventons les bio-carburants.
Et non il y a encore un problème : pour produire les bio-carburants, il faut cultiver les fonds marins et les appauvrir ...
etc.
"
Cessons d'oublier les conséquences de nos actes.
L'essence pollue ? Soyons plus précis : L'utilisation de moteur pollue ! Quel que soit le carburant. L'impact environnemental est plus ou moins direct mais il existe.
Quelle est LA SEULE solution : Cesser de s'en foutre et penser à la portée de chacune de nos actions.
"J'achète un vélo. J'arrête de voyager." est un début de solution. De plus cela coûte moins cher, et c'est super bon pour la santé.
Là aussi, tentons de penser finement : "et si je suis passionné par les voyages ? Par la découverte de culture ? Par la communication entre les peuples ?" Et bien peut-être, l'énergie utilisée pour ces voyages ne sera-t-elle alors pas gaspillée, mais au contraire rentabilisée.
Nous avons les clefs. Elle sont élémentaires. Consommons mieux, local, équitable, cessons de financer des guerres par notre paresse et notre passivité. Réfléchissons, organisons-nous. Cessons de nous cacher derrière des idées reçues : acheter moins cher c'est bien souvent cautionner une injustice.
Les financiers n'ont que le pouvoir que nous leur donnons. L'homme est TOUJOURS responsable. Coupons les vivres à un monde qui empoisonne nos abeilles et redonnons les moyens aux travailleurs et au savoir-faire.
Le raz-de-marée du 25 mai 2014 est historique, effrayant.
Que d'erreurs ! Tant d'intelligence gâchée ! Quelle passivité, quelle torpeur !
Je ne puis, pour calmer mon angoisse, qu'espérer que cela permettra à mes contemporains de comprendre l'importance de leur responsabilité.
"Ne pas voter" peut être un acte républicain.
"Ne pas voter parce que je m'en fous" est un acte antisocial, anti-civique et destructeur. Qui ne l'a jamais fait ? Je sais. Tout le monde fait des conneries. Mais c'est à cela que sert la dialectique.
Même "voter FN" peut être un choix républicain. Une erreur probablement. Mais c'est avant tout un choix de peur et de colère. Le discours de ce parti est une insulte à l'intelligence, et surtout, et c'est bien là le pire, prend ses électeurs pour des demeurés : les modèles sont simplifiés à l'extrème, les raisonnements bourrés de syllogismes tordus digne des Shadoks.
N'ayez pas peur de réfléchir. N'ayons plus peur d'apprendre.
Tous, nous avons TOUS peur de la crise. Peut-être n'est-ce justement que le signe que nous attendions pour enfin changer !
Plusieurs mouvements de vie alternative s'installent ça et là.
Le DIY (do-it-yourself) fleurit sur le net depuis des années. Dérivé des mouvements punk, il entreprend de partager un maximum de savoir-faire sur des domaines variés : Il m'a permis d'apprendre de l'électronique, et j'ai ainsi pu me fabriquer pour quelques centaines d'euros de pièces détachées un matériel de musique de qualité pro qui vaudrait près de deux mille euros.
La permaculture, qui consiste à vivre du produit de sa terre en laissant la nature travailler, sans l'épuiser, pour la rendre toujours plus fertile d'année en année a permis à M. Fukuoka de faire naître des oasis au cœur de déserts parmi les plus arides.
Le mouvement du Tiny House, qui arrive enfin en France, propose de réorganiser son habitation sur un espace restreint (<20m² ! ) dans des maisons do-it-yourself donc de coût réduit, ce qui permet de vivre sans emprunt, mobile, libre et de redistribuer son temps aux gens qu'on aime, tout en économisant sur le chauffage et tous les frais parasites existants dans une maison traditionnelle.
Les Incroyables Comestibles tendent à remplacer petit à petit les plantes d'ornement inutiles en ville par des comestibles libres à tous !
Et tout cela est fortement cumulable pour toujours plus de bénéfice.
Une dialectique merveilleuse entre savoir faire traditionnel, connaissances scientifiques actuelles, et la synthèse de toutes les pensées humaines ...
Une révolution ! Sans arme, ni bruit ... Silencieuse.
Oui silencieuse.
DONC PARLONS-EN !
France, ma France, ma petite France : nous ferons de toi un paradis tranquille où les fraises pousseront sur les parvis des hôtels de ville. Que peut-on rêver de mieux ?
Le FN a-t-il vraiment mieux à proposer ?
Qui est partant pour m'aider ?

Le jour où j'ai su ...

Très tôt, je me suis demandé comment je réagirais dans des situations extrêmes.
Qui serais-je en temps de guerre ? Et si le bâtiment prenait feu là maintenant tout de suite ? Et s'il y avait une prise d'otage au collège ? Et si quelqu'un se faisait agresser devant moi là maintenant tout de suite ?
La liste est longue.
Evidemment, on s'en sort toujours avec brio en rêverie. 
Un jour, je discutais avec une amie qui me racontait son agression plusieurs semaines auparavant. Ce qui l'avait choqué me disait-elle, c'était de voir les gens autours qui n'ont pas bronché. Ils avaient la trouille. Et j'abondais dans son sens. Oui. C'est lamentable ... Ce sont des couards, des faibles.
Mais je savais.
Il est facile de s'illusionner. De se dire "je sais que si telle chose arrivait, je ne montrerais que courage et témérité et la la la". 


Il y a très longtemps, une autre vie si j'ose dire, si cela n'était pas ridiculement vrai, pour être plus exact il y a neuf ans à peu près, je me trouvais à une grande soirée organisée par les STAPS de l'université de Caen. Grosse fête, comme prévu, je m'y ennuyais après une demi-heure, mais bon j'étais avec les copains, il y avait de la bière à 50 cents et la musique était ridiculement drôle.
Trois-quatre heures du matin, les gens s'en sont allés les uns après les autres, et avant de partir, je suis passé aux toilettes. Des cabines individuelles. Une lampe clignotait. Une canalisation, quelqu'elle soit, avait dû lâcher, puisque de l'eau se répandait par terre. Glauque, mais pas inhabituel. Je m'installai. J'ai alors commencé à entendre du bruit dans la cabine d'à côté. Une fille marmonnait. Je tendis l'oreille. Et j'entendis ces quelques mots qui me hanteront des années encore (au moins neuf années donc...) "Tu vas me sucer salope, oui ?" puis, mais peut-être n'est-ce qu'une reconstruction de mes souvenirs, des sanglots, une claque.
Certainement livide, retourné, je suis sorti de ma cabine, je suis allé sortir le mec de sa cabine lui ai défoncé la tête et ai aidé la demoi et me suis dégonflé ... Plus fort que moi. Je savais que j'aurais pu aller ouvrir la porte, cela aurait pu peut-être, je ne sais pas, permettre à la fille de s'enfuir, qu'est-ce que j'en sais putain ! Mais non. Impossible. Tout bloquait, mes membres semblaient se raidir et tous mes intestins se liquéfier.
Avant que tout le monde me conspue, attention, j'ai fait mon devoir de citoyen. Je suis allé prévenir un videur qui s'est précipité dans les toilettes, est allé sortir le mec de sa cabine, lui a défoncé la tête et a aidé la demoiselle, la prenant par l'épaule et la conduisant à l'infirmerie. Il m'a même remercié d'être venu le prévenir, sous-entendant que tout le monde ne l'aurait pas fait. A plusieurs reprises, lorsque j'ai rapporté cette histoire, à des gens triés sur le volet et souvent sous couvert de secret médical, l'on me précisa que j'avais pris la bonne décision.
Certes, il aurait été stupide, de me jeter dans une bagarre, sachant :
- que je ne sais pas me battre
- qu'en plus j'étais saoul
- que je n'avais aucun moyen de savoir à quoi ressemblait ce mec, ni même s'il était armé
- qu'il y a des types juste à côté dont c'est le métier et qui sont formés pour ...

Mais surtout, je me suis dégonflé. Un lâche. Un de ces nombreux minables qui passent à côté d'une agression sans intervenir de peur d'en prendre une. 
Peut-être, me direz-vous, dans d'autres circonstances, cela se serait-il passé autrement. Peut-être. Et de fait, à quelques reprises, je me suis rattrapé. Mais aujourd'hui, je ne peux plus me cacher derrière ces merveilleux fantasmes de "et si qu'on dirait que c'était la guerre et qu'on était des résistants et qu'on serait trop fort". Non. Je ne peux même plus en vouloir à tous ces lâches ...

Très tôt, je me suis demandé comment je réagirais dans des situations extrêmes.
Qui serais-je en temps de guerre ? Et si le bâtiment prenait feu là maintenant tout de suite ? Et s'il y avait une prise d'otage au collège ? Et si quelqu'un se faisait agresser devant moi là maintenant tout de suite ?
Ce jour là, j'ai su que rien n'était si simple ... Une illusion d'enfance perdue à jamais. Nous ne sommes probablement que des gens qui essayons tous de faire de notre mieux, mais qui échouons la plupart du temps.