vendredi 20 novembre 2015

îlots ...

Les réactions sont nombreuses. Les miennes aussi d'ailleurs. Les réactions sont enflammées, enragées. Les miennes aussi d'ailleurs.

Au beau milieu de cette foule, on pourrait croire ne plus rien entendre. D'aucuns, racontent leur deuil, partagent leurs craintes, d'autres y vont de leur air supérieur en publiant un texte choc et comptent les like. Les analyses politiques et sociologiques se multiplient, les appels à la vigilance aussi. En voilà qui reprochent l'hypocrisie de tous ceux qui pleurent nos victimes mais pas celles des attentats du reste du monde, alors qu'eux mêmes ne les pleurent que d'un œil lorsque Pujadas les leur présente devant le gratin Dauphinois. Et ça parlote, et ça théorise, et ça se trompe, et ça change d'avis ou se bute. Un brouhaha terrible ! Un vacarme effroyable ! Pareil finalement, à celui d'une fosse de salle de concert ... Entassés, nous gueulons, crions, n'entendons finalement rien, nous reprochons au mec d'à côté de nous avoir marché sur les pieds tout en piétinant le sac de la poupinette juste devant. Nous nous lions subitement d'amitié avec un inconnu parce qu'il est là pour la même raison que nous ... 

Ce n'est que lorsque la grosse caisse frappe et que le tremolo square wave du guitariste vient enfin nous pulser le ventre que nous nous rappelons pourquoi nous sommes là. Nous vibrons tous d'un même chœur, d'une même âme, et soudain nous voilà chantant/braillant les mêmes refrains. Il fait chaud, on est à l'étroit, on peut à peine respirer mais voilà pourquoi nous sommes là. Nous supportons tout cela pour être ensemble et partager quelque chose.

Il faut bien admettre que nous sommes loin d'être tous/tous loin d'être irréprochables, moi le premier. Face à la souffrance, il nous faut donc parler, échanger et accepter de se tromper, d'être allé trop loin. Chacun tente de réagir au mieux dans l'urgence, dans un monde qui ne prend plus de temps, pour se poser, pour décompresser. Il faut réagir au plus vite, être responsable, exister dans une foule bruyante. Il faut dire quelque chose d'intelligent, vite, vite. Face à l'inconnu, face à la douleur, face au danger, impossible d'accepter de ne pas savoir, de ne pas comprendre. Chacun s'imaginera donc expert à sa façon, spécialiste sur le tas.

Pour autant, nous sommes là ensemble. Et dans ce bordel ambiant, quelques idées merveilleuses surgissent, tant elles semblent omniprésentes. Union. Vigilance. Empathie, Intelligence ...

L'image qui m'a le plus marqué ces derniers jours ? Une photo de Syriens qui alors qu'ils subissent des bombardements quotidiens nous soutiennent ... Pourquoi font-il cela ? Ils souffrent bien plus que nous, non ?
La question ne se pose pas, en réalité, pas en ces termes. Ils comprennent ce que l'on vit, et souffrent avec nous, c'est tout. Notre malheur ne les soulage pas, il nous rend plus proche d'eux ... Et c'est aussi ce qui se passe pour nous.
Aujourd'hui, lorsque j'entends parler d'un massacre commis par Boko Haram, d'un attentat au Niger, je me sens plus proche d'eux que jamais. J'imagine l'inquiétude des survivants, papa rentrera-t-il ce soir ? Que faire de cette angoisse ? De cette douleur ? Et tout est chamboulé, le monde ne sera plus jamais le même. Quels repères reconstruire ?




Soudain, dans tout ce bordel, on entend ici ou là, une voix qui porte plus que les autres ... Une voix qui nous aide à comprendre nos émotions, nous aide à réfléchir, humblement, à notre place. Madame Latifa Ibn Ziaten qui depuis des années va parler aux jeunes des banlieues avec émotion et intelligence. Un papa, bouleversé, qui explique à son gamin que les fleurs et les bougies nous protègent des méchants, parce qu'il faut bien rassurer son gosse sans lui mentir. Cet autre homme, veuf, raconte aux terroristes qu'ils n'auront pas sa haine, ni celle de son enfant.

Certaines personnes sont des îlots de paix. Évidemment, des grand noms, Martin Luther King, Gandhi, Mère Thérésa, le Dalaï Lama. Et puis il y en a juste à côté de nous. Il faut savoir les voir.




J'en connais deux. Ils vivent en couple. Rémi et Badé. Mon beau-père et sa compagne.
Nous étions avec Rémi lorsque nous avons appris la nouvelle des attentats, et quoiqu'il ait bien plus de raisons d'en être touché que nous, il est resté digne. Je commençais à paniquer, me suis jeté sur le téléphone et sur Facebook pour avoir des nouvelles des potes de Paname, lui, est resté calme et posé. On a parlé, réfléchi. J'ai pu alors penser à mon rôle de professeur et à ce que je devrai dire le lundi matin. Je me suis senti plus fort. Les pieds sur terre. Et puis merde, c'est dur pour tout le monde, mais plutôt moins pour moi que pour les autres. Aussi, je me rendrai utile. La colère bouillonnait en moi et puis je me suis dit que c'était une belle réserve d'énergie.

Depuis des années, ils ont, tous les deux, cet effet là sur moi. Empathiques, ils semblent comprendre ce que je ressens lorsque j'en parle. Calmes, posés, intelligents, cultivés, nous pouvons parler d'à peu près tout, sans langue de bois. Ils nous encouragent dans nos choix de vie, comprennent les risques que nous prenons et nous font confiance. Nous ne sommes pas toujours d'accord, mais pouvons discuter. Naturellement, le fait de les fréquenter m'a ouvert aux gens, proches, moins proches, au monde, à la nature, à l'écologie, à une éthique mondiale ... 
Moi qui ai toujours eu l'impression d'être un énervé, toujours en colère, je me sens le courage de devenir sage à leurs côtés.

Dans le monde actuel, où nous sommes tous dans la même fosse de salle de concert car nous y croyons, car nous voulons tous que le monde aille mieux, il faut vraiment réfléchir au groupe que l'on veut mettre sur scène. Celui qui nous guidera et que nous suivrons ...
Dans un monde actuel, où nos dirigeants nous mentent, nous méprisent (il n'est nul besoin de rappeler le comportement de N. Sarkozy, des républicains à l'assemblée, des Le Pen ...), récupèrent nos morts pour pisser sur leurs cadavres encore tout chauds et piquer leur portefeuille comme salaire, il faut réfléchir aux gens que l'on veut écouter. Ceux qui nous guideront et que nous suivrons ...


Aussi, j'aimerais lancer un appel à tous ces îlots de paix, tout en sachant qu'ils ne comprendront même pas que l'on s'adresse à eux. Ces gens sont formidables, mais ne le savent pas.



Merci à vous.
Merci à tous les gens de paix.
Merci Badé, merci Rémi.






lundi 16 novembre 2015

La relève, ça va ...

Après réflexion, je retire cette dernière note de blog, écrite sous le coup de la colère. Elle manquait probablement de recul. Je ne conserverai qu'une chose de ma catharsis : les jeunes sont bien plus ouverts, humains et intelligents qu'on ne veut bien le croire, ou le voir. Je vous laisse donc avec le dernier paragraphe, que je laisse en l'état :



La relève, ça va ... 
Générations Y ou Z, ou quelque soit le nom que l'on vous donne et dont on se fout royalement, vivement que les vieux lourdingues vous laissent le champs libre, et par pité, par pitié, restez libres, restez intègres, restez intelligents, et gardez tout ça dans un coin de votre cerveau ...

Merci.

dimanche 15 novembre 2015

Lettre ouverte ...

C'est évidemment avec la rage au ventre que j'écris cette note. Comme la précédente, elle sera donc rédigée d'une traite, sans relecture.
Les "évènements" m'ont meurtri au plus profond de moi. Je suis aujourd'hui plus pessimiste que jamais. Ai-je peur de la guerre ? Bien sûr, il faudrait être idiot pour la souhaiter. Suis-je surpris ? Pas réellement.

Aujourd'hui, les "politiques" commencent déjà à récupérer ces évènements, qui se pare d'un uniforme de chef de guerre, qui fomente et trahit, qui prépare son couronnement prochain. La France est en guerre ? Oui, cela semble évident. NOUS sommes les victimes, mais n'oubliez pas : ceci est "votre" guerre les amis. La votre. A vous, les Sarko, Hollande, Valls, Le Pen. Pas la notre.
Comme le disait Jean-Paul Sartre, "quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent". Vous nous sacrifiez sans égard puis récupérez notre sacrifice, mais rappelez-vous (rappelons-nous tous) une chose. Vous n'avez pas été choisi par les Français. Vous avez été choisis par défaut parmi le petit échantillon d'enfoirés que l'on nous proposait lors d'un jeu de dupe, à grands coups de sondage bidons (tout mathématicien sait cela). L’abstention signifiait cela, a toujours signifié cela. Vous avez écrit les règles du jeu pour que ce vote ne compte pas, pour vous garder une crédibilité et continuer à jouer votre comédie dans votre château doré, mais vous êtes illégitimes. Depuis bien longtemps les élections ne sont plus qu'une comédie qui ne sert qu'à asseoir votre pouvoir, et vous nous manipulez à nouveau en pointant du doigt le FN dont on fait prétendument le jeu, alors qu'il vous sert de bouc émissaire ...
La France se réjouissait en 2015 de ses ventes d'armes. La France représente peut-être ce que les fanatiques détestent et veulent réduire à néant, mais surtout, la France exploite et asservit depuis des années, et devient donc une cible à abattre. 
Valls promet une réplique "oeil pour oeil, dent pour dent". C'est curieux. Pendant des années, dans l'éducation prioritaire, je me suis évertué à faire comprendre aux jeunes que ce n'était pas une réaction intelligente ou empathique. Eux parviennent à le comprendre. 

Je ne veux pas d'une réplique "oeil pour oeil". Je ne veux pas d'une guerre. Je veux qu'on défende des peuples, pas que l'on se venge. Je ne veux plus écouter l'élite de notre nation parler de paix en inondant le moyen orient de ses armes ...

Vous, nos grands, nos puissants ...
Vous me dégoûtez, vous m’écœurez. Vous nous manipulez, vous vous servez de nous, vous nous montez les uns contre les autres. Et bien vous savez quoi ? Vous vous plantez.

Vous pensez que je vais haïr mon prochain ? Que je vais haïr les musulmans ? Que je vais haïr les "fachos" qui manifestent contre l'Islam parce que VOUS leur faites croire que les musulmans sont responsables ? Que je vais haïr les peuples asservis par la France ? 
Vous vous plantez tellement ...

Je vais continuer à aimer. Je vais continuer à penser que si vous cessiez de maintenir le tiers-monde dans la misère, nous pourrions à nouveau communiquer. Je vais continuer à agir en ce sens, à surveiller ma consommation et à qui revient mon argent pour ne pas financer d'ordures. Je vais continuer à arrêter de manger de la viande pour permettre aux sud-américains de relancer une agriculture vivrière. Je vais continuer à financer le moins possible des banques qui mouillent dans des histoires de blanchiment d'argent sale et de trafic d'arme. Je vais continuer à essayer de discuter tant que je le peux avec les fachos parce que ce ne sont ni des monstres, ni des ordures mais juste des gens qui ont peur, sans savoir de qui. Je vais juste continuer à aimer. Et vous savez quoi ? Vous savez ce qui s'est passé la nuit du 13 ? Les gens hastagaient "porteouverte" pour accueillir des inconnus chez eux par centaine, la trouille au ventre, mais parce que si on peut le faire, il faut le faire. Face à une telle détresse, les hommes sont solidaires ...

Et pour couper court à tout discours moralisant : Oui, effectivement je ferais moins le malin avec le canon d'une Kalash dans la bouche. Bien sûr. Mais ce n'est pas le cas et tant que j'ai la tête froide j'en profite. J'ai tout autant été affecté par tout ceci que tout le monde. J'ai eu tellement peur pour tous mes amis et ma famille vivant sur Paris ... Je suis tout autant inquiet pour ma femme qu'on peut l'être et je suis loin d'être rassuré pour mes amis musulmans. 
Mais de là à diaboliser ?
Les "fachos", les terroristes, les racistes, les cons, les beaufs, sont des hommes, pas des monstres. Comment en sont-ils arrivés là ? Comment en vient-on à penser que le meurtre de gens qui boivent l'apéro ou écoutent la musique d'un groupe qui se marre un coup règlera quoi que ce soit ? C'est cela qui m'intéresse. Car si l'on ne pense pas le problème à la racine, nous ne faisons que le jeu des terroristes ; et des politiques du coup, si vous m'avez suivi. Nous ne devons pas avoir peur. Nous devons ne pas avoir peur du terrorisme. Mais ce n'est pas suffisant.


Restons raisonnables. Discutons. Partageons. Ne laissons pas la peur nous envahir. Ne laissons pas la haine et la colère se tromper de cible. Dirigeons les vers les véritables responsables, ceux qui affament, appauvrissent, s'enrichissent sur le dos de peuples asservis, ceux qui exploitent notre planète et les hommes, qui nous conduisent vers des catastrophes écologiques et sociales, mais qui parlent tout de même de paix.











vendredi 13 novembre 2015

non, non, non ...

Je suis horrifié. 
Ces attentats ignobles ont eu lieu là même où il y a moins de cinq ans nous gambadions gaiement, ma compage et moi-même.
Je suis terrifié. 
Là-bas même, des gens que j'aime vivent et travaillent, sortent pour gagner leur croûte et celle de leur famille. Pour faire de belles choses, genre s'occuper des gamins en éducation prioritaire. Les aider à s'intégrer dans leur belle différence ...

Les attaques terroristes actuelles sont sans précédent. Oh, nous avions bien vécu quelques exemples d'ignominies meurtrières et explosives évidemment, St Michel, Charlie.

Depuis plusieurs mois, plus exactement depuis les dernières élections européennes, nous sentons quelque chose de différent dans l'air. Une discussion avec mon ami Manu, alors que je vivais à Sarcelles, a cristallisé ces craintes diffuses. Quelque chose de menaçant, un parfum d'abomination apocalyptique, une angoisse de guerre sourde et indicible.

Je suis perdu. 
Il y a quelques années, nous descendions station Oberkampf avec les amis pour aller nous amuser quartier de la république. Pour la première fois de ma vie, j'ai des vues de cette place désertée et je ne parviens pas à relier ces images à mes souvenirs.
Je suis meurtri. 
Un détail simple. Depuis des années, j'adore Josh Homme et sa musique pleine de second degré, et il faut qu'il soit là, juste dans cette putain de salle. Ils sont allés attaquer des innocents, qui ne cherchaient qu'à s'amuser et profiter de la vie, à retrouver des amis en terrasse ou au restaurant, à se balader au bord du Canal ... 

Depuis plusieurs mois, nos peurs durcissent de jour en jour. Les attentats à Charlie Hebdo sont venus, entre autres, nous les confirmer, forts d'absurde et de bêtise, mais également la réaction des ignorants. Nous avons eu le droit à notre premier "ils nous volent notre travail", au milieu de "ils ne sont pas chez eux" lors d'une discussion anodine entre voisins. Le FN qui monte qui monte. Les réactions de rejet crasse.

C'est idiot, c'est absurde. Je ne sais pas où regarder. 
Paris est une de ces grandes villes qui subissent des attentats, de celles que jusqu'à présent je voyais de loin aux infos à travers un filtre écran+journaliste.
A vous tous qui me lisez. Prenez des nouvelles des gens que vous aimez, profitez d'eux. 

Le plus dur est devant nous ...
Courage.

samedi 24 octobre 2015

Vieux carnets 2 - Sex & the City

Ma première décision en tant que maître du monde fut de remplacer tous les acteurs masculins de Sex & the City par des tueurs en série. L'humanité m'en est redevable.

Vieux carnets 1 - l'âme d'enfant ...

 (Désolé pour les références musicales, mais j'étais jeune ...)


Oui, comme tous les enfants, je rêve beaucoup mais je ne fais pas grand chose. À part essayer d'être quelqu'un de bien et c'est un boulot à plein temps.
D'aucuns auront reconnu ici une bien vieille note datant de mon ancien blog de 20six.fr qui a disparu un jour pouf comme ça. Je vais tenter de retrouver quelques archives pour vous en faire profiter ; et puis pour moins bosser aussi, ça me fait des notes pas trop difficiles à produire.

Plein de bises à tous.

mercredi 21 octobre 2015

Anniversaire !

"- Hey Doc ! On est où ?
- Tu devrais plutôt dire, quand est-on Marty ! Maintenant, c'est le 21 octobre 2015 ...
- Et on y trouve quoi ? Des chaussures auto-laçantes ? Des hovercrafts Mattel rose qui curieusement vont tout de même faire rêver une génération entière de garçons ? Des bars retro moisis avec un Michael Jackson qui bogue et une borne de Wild Gunman ?"

Les deux amis avançaient l'un à côté de l'autre au hasard des rues sans vraiment regarder où ils allaient. Doc agitait frénétiquement les bras et Marty l'écoutait attentivement.
"- Si mes calculs sont exacts, oui ! La technologie a amélioré le confort de vie des gens qui du coup n'ont plus qu'à se concentrer sur leurs relations avec autrui ! Le paradis !"

Marty s'immobilisa et se tourna vers le doc.
"- Euh, ça m'a l'air plutôt triste non ? L'an 2000 ne ressemble pas à l'idée que je m'en faisais ..."

Doc s'affaira puis extirpa d'une poche de son manteau une sorte de télécommande qui fait bip et qui fait flash. Et zoïng aussi. Or, c'est justement ce zoïng qui surprit le doc dont le visage se mit à ressembler à celui de Christopher Lloyd lorsqu'il imite le doc ...

"- Marty, il y a un problème ! 
- Quoi ? Georges Bush est encore président ?
- Non non, ce serait complètement crétin. Mais l'atmosphère est beaucoup plus pollué que prévu!
- Aïe, faut mettre une sorte de masque c'est ça ? Pourquoi les gens n'en portent pas ?"

Doc, l'air ahuri, commença à regarder les alentours et remarqua qu'effectivement, les passants semblaient respirer sans crainte. Ceux-ci semblaient pourtant stressés, mais pas par ce qu'ils respiraient. Pourtant, le fog était palpable, créant un filtre entre qui regarde et ce qu'il regarde. L'horizon était invisible, caché derrière des centaines, des milliers de buildings gris. Sous leur pied, l'asphalte craquelé tremblait légèrement, leur faisant soudain prendre conscience de la présence de tous ces véhicules qui, à la chaîne, dans un vacarme assourdissant, étaient obligés de les contourner pour ne pas les renverser. En klaxonnant en plus. Bien sûr, le doc aurait dû le remarquer, mais ha ha vous connaissez les scientifiques et leur distraction. Il poussa un cri de fillette, et s'enfuit à grandes enjambées sur le trottoir en entraînant Marty qui se demandait comment faisaient les gosses pour s'amuser dans un tel environnement ...

"- Marty !" hurla le doc, sans AUCUNE modération. "Depuis quand est-on au milieu de la route ?
- Mais doc, là où l'on va on n'a pas besoin ...
- Si, visiblement !" dit le doc en pointant le ciel du doigt. "Regarde ! L'aéroglisseur n'est toujours pas inventé ! Par contre, à en juger par le nombre de voitures, les réserves de carburant de la planète vont vite être à sec ! C'est incompréhensible ! Pourquoi continuent-ils à conduire ainsi s'ils ne font que rouler à leur propre perte ?"
Il s'interrompit
"Viens, je voudrais vérifier quelque chose ..."
Doc tira Marty par le bras et le força à avancer jusqu'à un kiosque à journaux. Les gros titres s'étalaient, gros (évidemment) et implacables. La crise, le chômage, la pollution, l'état islamique, les attentats, l'islamophobie grandissante, l'effondrement de la liberté de la presse, l'espionnage du quotidien, la publicité, le nucléaire, Monsanto, l'exploitation grandissante du tiers-monde, l'élevage intensif, tout ce qu'on a pris l'habitude de lire et qui ne nous choque plus, au risque d'en pleurer de désespoir, frappa de plein fouet les deux adolescents de 16 et 71 ans.
Chacun, à défaut de devenir complètement fou et se rouler par terre en écumant, écrasa une larme, aussi silencieusement que le permettait le bruit ambiant...



"- Marty, te souviens-tu quand je t'ai dit : "On s'en balance !"
- Oui, bien sûr ...
- Et bien oublie ça tout de suite. C'est une belle connerie."


 Le Djisse





PS :  Bien sûr c'est aujourd'hui que Marty arrive dans le futur ! Qui du coup est le passé. Bref. J'adore évidemment cette trilogie, mais je ne peux plus m'empêcher de lire dans le célèbre "on s'en balance" une belle allégorie de ces générations qui ont conduit le monde droit dans le mur. Aujourd'hui, Marty et son père sont au pouvoir et continuent à s'en balancer et à être satisfaits de leur gros 4x4, Jennifer est quant à elle probablement victime de l'idéologie "Elle" qui l'écrase et l'empêche de s'épanouir en la réduisant à l'état d'objet tout en lui faisant croire qu'elle s'en émancipe et le Doc, lui, s'est barré entre toutes les époques, ultime fuite dans un monde de science fiction qui lui permet de ne pas prendre ses responsabilités. Youhou ...

vendredi 9 octobre 2015

Panique ...

J'ai une peur panique. Irraisonnée et récurrente. Quotidienne ...

Je pars travailler parce qu'il le faut. Oh, j'aime mon travail, ce n'est pas le problème, loin de là : je passe des journées enrichissantes, le contact avec les élèves me pousse dans mes retranchements et m'aide ainsi à mieux me connaître de jour en jour. Le problème est d'un tout autre ordre.
Prendre ma voiture le matin, c'est partir loin de toi. Pendant de longues heures pendant lesquelles tu me manques, pendant lesquelles je pense à toi. Mais c'est surtout aussi prendre le risque d'avoir un accident, et de ne plus jamais te revoir. C'est prendre le risque qu'il t'arrive quelque chose sans que je sois là pour toi et je te retrouverai le soir étendue sur le carrelage sans comprendre ce qui arrive, une moitié de ma vie en moins ... C'est prendre le risque de décéder dans un attentat et de ne même pas pouvoir te dire une dernière fois que je t'aime, pour des conneries. C'est prendre le risque qu'une guerre éclate et que nous soyons séparés sans avoir la moindre nouvelle l'un de l'autre. C'est prendre le risque qu'une catastrophe accable d'un coup l'humanité et de ne plus avoir la possibilité de te rejoindre ...
Si je te perdais, la vie continuerait, mais sans plus aucun sens.

Ma peur panique est celle-ci : quitter la maison pour aller travailler après que nous ayons eu des mots, et que ce soient nos derniers ...


dimanche 27 septembre 2015

Je prie les choses ...

La grande classe, c'est de ne pas être "matérialiste". Le "matériel" est si faible, si fragile, la laine n'est rien face aux griffes de chatons et le verre se brise au contact de la moindre balle de tennis. 
Nous avons tous un rapport trouble aux objets. Un rapport non assumé. Et dans un monde où la publicité dicte nos besoins et désirs, dans lequel nous ne sommes que des chiffres dans des bilans comptables, il est de bon ton de rappeler que l'on est au-dessus de tout cela ... Au-dessus de tout cela. Alors que l'on passe son temps à acheter ou à rêver de pouvoir acheter plus.

Bien évidemment. Au-dessus de tout cela ...

Les objets sont devenus interchangeables. Fragiles, fabriqués à la chaîne, nous en changeons dès que lassitude nous prend ou parce que le nouveau modèle est bien mieux : il est bleu. Notre économie repose sur le renouvellement constant de notre environnement de plastiques et dalles LED et il est de notre responsabilité de lutter contre le chômage qui asphyxie notre empire. Pensez donc, tous ces gens qui n'ont pas les moyens de renouveler constamment leur environnement de plastiques et dalles LED ? Les pauvres, parfois même, on les voit se promener dans des vêtements dégriffés ...

Pour le collectionneur, l'objet peut perdre jusqu'à sa substance matérielle. Certes, il enrobera sa compulsion sous des rubans et de l'emballage qui le nimberont à ses yeux d'élégance ou de "trouble pas si grave" : "passion, objet culturel, bla bla". Mais s'il acquiert d'aventure avec peine et effort un nouveau trophée, il ne lui est pas possible de combler le manque. Si l'achat peut procurer du plaisir, la possession, elle, est dénuée de tout intérêt : Elle ne fait que rajouter du vide à la collection. Si un jour je récupérais une ZX Spectrum de 1982, il y a fort à parier que je me mettrais très vite en quête du joystick qui va avec, et peut-être d'une version boîte de Avalon, et n'en serais que plus frustré de ne pas l'avoir déjà. Alors que j'ai rempli des cartons de vieilles consoles et machines. Ce n'est plus l'objet qui compte. Mais la collection n'est pas "matérialiste" ! C'est la culture, l'univers humain derrière chaque objet qui compte, c'est l'histoire ! Soit pour des musées. Mais non : La "collection" n'est qu'acquisition. J'ai les objets, je les range et ne les utilise jamais de peur qu'ils s'abiment et j'attends qu'ils prennent de la valeur pour contempler mes registres tenus sur Excel. La collection n'est pas "matérialiste", elle est spéculative.

Ne pas être "matérialiste" n'est qu'une excuse pour pouvoir consommer, spéculer. Ce que je hais de ce monde et qui donne du pouvoir aux connards.

J'aime les objets. Certains objets sont très beaux. Ma Telecaster est très belle et peut probablement encore déchirer les tympans des fans de Joe Strummer. J'ai bricolé mon ampli et j'en sors aujourd'hui exactement le son qui me parle, avec une véritable reverb à ressort et une patate ! (En général je baisse le son quand les oreilles de ma femme commencent à saigner) Je me suis offert une pédale de Delay de chez Jam Pedals, entièrement faite à la main par un électronicien Grec passionné qui sélectionne et appaire ses transistors un par un, superbe (la pédale, pas le Grec), des résistances carbone et un son chaud qui ferait fondre Brian May. Réaction d'un collègue prof de musique : "t'es fou c'est super cher, la mienne m'a coûté 60€." Je me suis offert une Famicom originale avec son lecteur de disquette, quel bonheur que de rejouer au premier Metroid dans sa version originale ! Le son a lâché, j'ai passé deux heures à la réparer avec mon fer à souder, et j'y suis parvenu.
J'aime aussi beaucoup notre vitaliseur qui cuit à merveille à la vapeur douce ou notre poêle en fonte qui nous régalent d’œufs, de crêpes, de potimarron ... Certains vêtements me sont une seconde peau et les perdre me peinera bien sûr. 

Ma femme m'a offert un Opinel n° 9 il y a quelques années, il m'a suivi partout, je l'ai perdu dans un déménagement et j'y repense avec une pointe de tristesse. Lorsque j'en parle, invariablement la réponse est : "On en trouve partout, rachète-le !"



Je rêve d'un monde simple, où l'on ne pourrait tout acquérir en un claquement de doigt. Le monde actuel m'attriste et m'effraie. En être un rouage me désespère.

vendredi 11 septembre 2015

Mathématiques ...

Discipline inutile par excellence, j'ai dédié ma vie aux mathématiques. 

En tant qu'étudiant d'abord puis lorsque j'ai décidé d'enseigner. Ce qui était mon rêve depuis que je regardais ces gens qui me semblaient des puits de science et dont le métier était de transmettre. 
C'est fascinant, la transmission. C'est le parent pauvre de la culture. On idolâtre les créateurs, mais on oublie trop souvent ceux qui transmettent. Le meilleur guitariste, qui jouera probablement sur une Les Paul à 5000€, appréciera moyennement le son de ses doigts noyés dans l'impédance d'un câblage insuffisant. Fabriquer un bon câble, pourtant, demande un vrai savoir-faire. En tout cas je l'espère parce que sinon cela signifie que je paye très cher pour rien.
Mais si personne ne m'avait parlé des mathématiques, comment les aurais-je découvertes ? M'y serais-je même un jour confronté ?

Et pourtant, quel bonheur !
Ces objets théoriques existent-ils au delà du monde tangible qu'ils assujettissent, ou ne sont-ils qu'une extension du cerveau humain, si limité et pourtant si débrouillard et adaptable, qui lui permettent de modéliser et de comprendre l'univers, en des formes simplifiées mais probablement suffisantes ?
Qu'en sais-je ? Et si j'eus la prétention de me porter du côté des platoniciens, sûrement prisonnier d'un romantisme de très mauvais aloi, aujourd'hui ces débats me lassent tant les prises de position me semblent limitées ...

Que peut-on aimer dans les mathématiques ?
Certains y aiment la lutte, les stratégies pour vaincre des énigmes, ludique violence qui me laisse froid.
Certains y aiment le raisonnement, les démonstrations qui construisent un monde stable sur lequel s'appuyer pour s'élever. Si j'y ai goûté, passionnément, cela ne me touche que de loin en loin désormais.
Certains explorent, découvrent des théories superbes et ensorcelantes, pareilles à des forêts inexplorées qu'il faut apprivoiser pour en découvrir les secrets et trésors.

Quant à moi, ce que j'y aime, c'est l’orfèvrerie, la finesse ... J'ai bien plus l'impression d'enseigner des mathématiques lorsque je reconstruis la numération avec des enfants qu'au lycée lorsque l'on travaille ces infamants intervalles de fluctuation ou des démonstrations qu'il faudra apprendre par cœur. Qu'est-ce qu'un nombre ? Qu'est-ce qu'un calcul ? Qu'est-ce qu'une démonstration ? Quelle est la nature des ces objets logiques que l'on manipule au quotidien dans notre belle discipline ? Comment cela s'est-il inscrit dans l'histoire de l'humanité ? Comment cela a-t-il assisté l'humanité en douceur, ou parfois révolutionné les façons de penser ?

Ce que j'y aime, c'est l'absence de compromis a priori. C'est l'immensité des possibilités qui se se développent au gré des points de vue jamais incompatibles. C'est cette merveilleuse dialectique des cerveaux qui face à des désaccords construisent de nouveaux univers. C'est la possibilité offerte aux idiots qui, avec passion et rigueur, peuvent alors penser mieux que les plus grands intellectuels.

Ce que j'y aime c'est avant tout la possibilité, et le devoir, de constamment tout remettre en cause et de refuser toute autorité ; celle, logique, de la théorie, qu'il faut réfuter constamment pour s'en convaincre ou la corriger, ou celle, sociale, du professeur qui ne devrait jamais s'offusquer de l'incompréhension de l'élève, mais au contraire s'en réjouir et l'y encourager.



En lieu et place de cela, la transmission des mathématiques se résume souvent à un enseignement de savoirs figés, triste musée où le praticien, réduit au rôle de guide, parle et commente de vieilles statues grisâtres et poussiéreuses auxquelles il est interdit de toucher, celles-là mêmes que l'artiste avait créées comme des œuvres colorées que les enfants escaladeront en riant et au pied desquelles les amoureux échangeront leurs promesses d'avenir.




Les mathématiques, mes mathématiques, devraient former des révolutionnaires. Elles forment des ingénieurs et des gardiens du temple. C'est dommage.



Tant pis.

jeudi 10 septembre 2015

Le café ...

J'aime beaucoup le café.

Oui je sais. Comme c'est original ! Comme tout le monde. TOUT le monde aime le café. Un cliché professionnel consiste d'ailleurs à raconter à quel point on est accroc et chacun y va de l'estimation de sa consommation personnelle. Super ce matin j'ai juste bu douze cafés au distributeur. Youhou.
Évidemment, j'ai eu une cafetière Senseo. Elle donnait un café invariablement insipide, quelle que soit la marque et le modèle de dosette. Pas moyen d'en tirer quoi que ce soit de valable. J'en buvais tout de même beaucoup.
Au boulot évidemment, il y a eu le café-distributeur. Celui âpre et acre. Celui qui nous laisse assoiffé avec la langue sèche et l'haleine de l'homme qui aime à mâchonner des cadavres de petits animaux. Là encore, j'en buvais énormément.


Non seulement c'est dégueulasse, mais en plus ça file des palpitations et des insomnies. Et ça coûte cher en plus. Dans le genre meilleure idée, y'a la clope et le pinard.




Depuis, j'ai acheté un vieux moulin Peugeot, et je choisis toutes les semaines un café fraîchement torréfié en brûlerie. J'en connais la composition, l'origine. J'en varie le mélange au gré de mes humeurs et de mes envies.
Je le conserve précieusement dans une boîte en fer, au frais. Je le mouds au fur et à mesure. J'en prépare le matin et c'est le paradis. Chaque grain qui s'écrase libère des arômes pâtissiers, des senteurs épicées. J'en ai tout autant faim que soif. La cafetière sur le feu, et des vapeurs ensorcelantes remplissent la pièce, des promesses réconfortantes pour qui, les yeux encore collés par le sommeil, s'efforce de se confronter au monde.
Il est enfin là tout chaud, sur la table entre les jus de fruit et le pain. Moi, je suis fatigué, un peu perdu. J'approche ma main du bol, doucement pour ne pas me brûler, puis je m'y cramponne tel l'enfant à son ours en peluche, et je lui demande beaucoup.
Beaucoup trop peut-être, car aussi bon soit-il, je suis toujours un peu déçu.



Et je pars bosser ...

mardi 25 août 2015

Pourquoi les professeurs rient-ils à leurs propres blagues ?

    Toujours soucieux du bien être et de la bonne humeur de mes élèves, je ne manque pas de rythmer mon cours de traits d'esprits et autres bons mots. Et ce jour, suite à quelque contrepèterie bien enlevée, l'élève M, que je ne nommerai pas pour éviter qu'il en retire le moindre mérite, lève la main et demande :

   - Monsieur, je peux savoir pourquoi les profs rient toujours à leurs propres blagues ?

    Ah le bougre ... C'est qu'il touche juste !

    Certes, les professeurs ne sont pas seuls à rire de leur propre humour, mais ne sont-ils justement pas énervants tous ces amateurs du bon gag et de l'astuce qui polluent nos repas d'historiettes navrantes dont il faudrait se taper la cuisse ? N'avez-vous pas envie, au bout de la huitième bouffonnerie de cul pitoyable qu'il serait de bon ton d'apprécier là où il n'y a que beauferie et pitrerie, de leur faire manger le porte couvert vénitien en forme de teckel ?

    Et je découvre que je ne vaux pas mieux ? Quel désarroi ...

    Pourquoi rire à sa propre blague ? Quelques exceptions mises à part, auxquels cas le rire est d'ailleurs immédiatement communicatif, je doute fort que les clowns se plient d'humour à leur propre numéro. Qu'ils aient une idée de l'impact que cela doit avoir sur un public, certes, peut-être même ont-ils bien ri à l'écriture ou découverte de leur sketch, mais lorsqu'ils le connaissent ? Qu'ils en maîtrisent la dynamique ? Qu'à force de répétition elle leur semble naturelle et coutumière ? 

    Vous souvenez-vous de ces sitcoms lamentables des 90s ? Mais oui bien sûr ! Des acteurs médiocres et des situations crétines, des gags minables ponctués de rires enregistrés ? 
    Peut-être est-ce à raccrocher à cela ... A quoi sert le rire enregistré ? Si le gag est drôle, pas besoin de rire enregistré ... Y a-t-il des rires enregistrés dans les Simpson, South Park, Captain Orgazmo, les sketchs de François Pérusse ? (oui je tape dans le littéraire et la qualité ...) Cela nous empêche-t-il de rire ? Pour autant le rire enregistré semble être un incontournable de la sitcom. Et des profs aussi visiblement ...

    J'y vois une dictature. Dans le cas des sitcoms, la qualité est généralement insuffisante pour déclencher l'hilarité, on nous indique donc quand rire. On nous le pointe du doigt. Un très gros doigt bruyant qui nous dit : "écoute TOUS CES GENS rire, si tu ne ris pas tu seras seul, seul dans la foule, autiste et malheureux, honni et rejeté !" et probablement nos neurones miroirs nous trahissent-ils et nous rentrent-ils dans le rang. 
     Le beauf de soirée, lui, laisse-t-il la moindre liberté à son auditoire ? Si je ne ris pas à sa blague navrante, JE serai celui qui pourrit l'ambiance.
     Dans le cas du professeur c'est presque plus navrant. Une salle de classe EST une dictature. Le professeur est sensé imposer un rythme que les élèves suivent ou se taisent ; ils marchent ou crèvent. Si le professeur permet le rire c'est uniquement à ses propres blagues et quand il le dit. Quand il le décide. Ou plutôt quand il rit. Après c'est fini on reprend le travail, dans la joie et la bonne humeur, mais surtout pas dans le rire. Qui n'a jamais d'ailleurs échangé un jeu de mot avec son voisin, qui, pris d'un fou rire, s'est vu rétorqué de la voix de son maître : "Dujarrier ! Qu'est-ce qui vous fait rire ? Moi aussi j'aime rire ! Racontez-nous donc votre blague à toute la classe !"
   Autrement dit : "Bouffon, vous me dérangez ! Vous osez sortir des sentiers battus et avoir une individualité ? Couvrez-vous donc de ridicule devant tous ces jeunes mâles qui ne cherchent qu'à vous écraser et ces jeunes femelles à qui vous auriez voulu plaire !"

     Je suis obsédé par la liberté. Je tente un maximum de laisser la parole aux élèves qui ne doivent être limités que par le thème d'étude. Bien joué M., tu m'as montré une limite.
  

dimanche 15 mars 2015

L'éducation nationale, pour ma part ...

Bonjour à tous.
Voila donc une dizaine d'années que j'enseigne les mathématiques. Pendant neuf années, longues, stressantes mais ô combien enrichissantes, j'ai grandi et me suis construit, professionnellement et humainement, dans un établissement d'éducation prioritaire à Garges-lès-Gonesse. J'ai donc côtoyé ces sauvageons dont on nous vend une caricature, basse, vile, aux informations.
Cette année, j'ai fait ma rentrée dans un tout autre milieu : lycée "huppé" de province, perdu au milieu de la campagne où nous nous sommes réfugiés, ma compagne et moi, pour des raisons écologiques. Car s'il est une chose qui aujourd'hui a évolué chez moi, c'est bien ma conscience écologique ...
Je suis malheureusement persuadé, et les chiffres abondent en mon sens, que notre système va s'effondrer très vite. Les réserves de pétrole s'amenuisent, d'aucuns avancent, et j'ai mes raisons de les croire, que nous avons moins de cinquante ans de pétrole devant nous (rappelons que sans pétrole, pas d'essence, pas de plastiques, pas de bitume ... On peut rêver tant qu'on le souhaite aux voitures électriques, qui multiplieront les centrales nucléaires, mais nous n'aurons même pas la possibilité de produire de pneu. Même pour nos vélos ... ), les pesticides détruisent la microbiologie des sols et les rendent stériles (et soumis aux fertilisants de Monsanto, autant dire à une famine prochaine), les pollinisateurs sont décimés ...
Et dans ce contexte, un Français continue à vivre comme si nous avions trois planètes à notre disposition, un américain, six ...
Aussi, nous sommes nous engagés, avec ma chère et tendre, dans une nouvelle vie. J'y reviendrai plus tard. Et que ceux qui estiment qu'il est hypocrite de se plaindre et de crier au loup tout en utilisant un ordinateur pour poster sur son blog comprennent qu'il ne s'agit aucunement de revenir à l'âge des cavernes puisqu'un rythme de vie équivalent à celui d'un français de l'immédiate après-seconde-guerre-mondiale est considéré par Serge Latouche , grand économiste penseur de la décroissance, comme suffisant. Ce n'est pas remonter bien loin.
Bref.
Je m'égare déjà.
Aujourd'hui donc, en construction d'une vie guidé par une envie de sobriété heureuse, je me retrouve à bosser au lycée. Et c'est TRES difficile.
Les élèves sont géniaux. Comme ceux que j'avais avant. Un élève est par essence un être génial, pas tout à fait fini, donc plein de contradiction mais avec l'énergie de les résoudre. L'adolescent ressent l'absurde bien mieux que l'adulte : il n'a pas encore eu le temps de se construire de mensonge-murailles pour s'en défendre. Je prends un plaisir inouï à travailler avec eux.
Le problème se situe ailleurs.
Permettez-moi de commencer par un exemple, je ne sais pas trop par où attaquer le problème.
Le lycée dans lequel j'enseigne est conçu pour accueillir sept cent élèves. Il en accueille aujourd'hui mille trois cent. Les élèves ont donc des emplois du temps à rallonge, le lundi, une de mes classes de seconde travaille neuf heures ... et termine par des mathématiques ! (Sans compter les emplois du temps ... chaotiques des professeurs : Une de mes collègues, à temps partiel (80%), a une seule demi-journée de libre ... Une absurdité.)
Quand se décidera-t-on à construire un nouveau lycée ? Non, on va plutôt lancer des projets d'agrandissement, insuffisants bien sûr ...
Plus d'argent pour cela ?
Ok. Mais alors, pourquoi l'établissement est-il blindé d'ordinateurs ? Il y a des ordinateurs dans toutes les salles. Il faudra probablement les changer dans cinq ans. Et pour protéger les machines, plus de craies, dont la poussière est si dangereuse : tout le monde au tableau blanc VelledaPour information, un feutre Velleda, ça dure en gros trois semaines dans les mains d'un prof. Après on jette, et on rachète. "Moins on reprise plus on se grise". Sur les trente-six semaines d'une année scolaire on est déjà rendu à quarante-huit feutres en une année. Jetables. Du déchet. Comme ça, gratos. C'est cadeau. Le gag : Notre lycée est estampillé développement durable ! Si si, si c'était moins grave, ce serait drôle. Non en fait, c'est tellement ridicule que c'est drôle.
D'ailleurs d'où vient cette dictature de l'informatique ? A priori plutôt passionné pourtant, je ne peux que constater que c'est un échec complet. Tout d'abord, pourquoi tout le monde devrait-il avoir un ordinateur ? Ah pardon, je passe déjà pour un extra-terrestre quand je dis que je n'ai pas la télé en salle des profs. Et quand je dis que je suis passionné de jeu vidéo, je passe pour un attardé ! Quelle ouverture d'esprit dans le monde enseignant ... Cette culture de la doxa ...
(Je précise que tous les collègues ne m'ont pas pris pour un débile. Quelques uns seulement tinrent des propos vaguement méprisants. Je m'enflamme un peu. Mais c'est pour cela que vous aimez me lire, non ?)
L'établissement d'où je viens était déjà "tout numérique". L'intendance nous a un soir envoyé un mail pour se plaindre de notre consommation de courant. Sans déconner ? CHAQUE TABLEAU DU COLLEGE ETAIT UN PUTAIN DE VIDEPROJECTEUR RELIE A UN PC ! Evidemment que ça consomme ! Sans parler de l'immense télé en salle des professeurs qui était branchée matin, midi et soir. Et même la nuit !
Et si cela avait un intérêt pédagogique. Mais au contraire ! En mathématiques par exemple, cela pénalise les élèves qui doivent "passer au concept". Fin troisième, ils peinent aujourd'hui pour la plupart à voir plus que des dessins et des calculs. Les chiffres de réussite en France sont effrayants. Et pourtant les enfants n'ont jamais été si bien lotis : des logiciels de géométrie dynamique, des tableurs ... Oui, mais les mathématiques sont faites pour être pratiquées au stylo sur une feuille, avec une règle et un compas. Le reste n'est qu'outil. Outil formidable, mais outil. L'agriculture ne se limite pas au tracteur. Et enseigne-t-on le dessin en imposant Gimp dès le début ? De plus, travailler sur feuille incite à utiliser son imaginaire, puis à progresser : conceptualiser quand l'imagination ne suffit plus. Regarder un écran et des jolis traits qui tournent permet de regarder des jolis traits qui tournent. C'est joli, mais cela ne prend de sens que si l'on est déjà dans le concept. Et pourtant l'inspection est à fond, et honnis soient les professeurs qui enseignent le théorème de Thalès sans la sacro-sainte activité informatique idoine. Et pour cela, on dépense des fortunes, en argent, en énergie et en intelligence ...
Continuons : Il semble que les consignes données aux chefs d'établissement soient claires ces dernières années. Tout élève qui le souhaite semble pouvoir venir en seconde générale. Même s'il n'a aucune chance. Ce qui revient à le condamner à l'échec : Les années précédentes, j'ai vu des élèves, parfois en situation de décrochage, envoyés en seconde générale, alors qu'eux-mêmes voyaient, et nous disaient, qu'ils en étaient incapables ... Cette année, je vois arriver en seconde des élèves paumés, qui ne comprennent pas ce qu'ils font là, qui n'ont pas les bases.
Résumons : l'éducation nationale crée de l'échec. Elle est vulgaire, aliénante, hypocrite, abrutissante, dictatoriale, et participe (trèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèèès) activement à la spirale vicieuse de la crise énergétique.
C'est la crise. Je suis fonctionnaire de la république. En période de crise je suis moins bien payé (en tenant compte de l'inflation et du gel des salaires des fonctionnaires, je touche à peine moins qu'il y a cinq ans, malgré une avancée d'échelon). C'est normal, à mon sens. Mais que mon rôle soit dévoyé, traîné dans la boue, que mon savoir-faire soit perverti, je ne le supporte pas. Comment supporter que les mathématiques, que j'aime, qui me passionnent, qui sont une des plus belles disciplines humaines, soient réduites à de l'utilitaire et à de la sélection ? Comment faire confiance à une république qui assassine scolairement ses enfants et qui rejette la faute aux professeurs qui doivent pourtant bien composer avec ses contradictions ? J'ai choisi ce métier car il y a un combat à mener, car il construit la république. Mais aujourd'hui, qu'en penser ? Il semble aller à l'encontre même de ce pour quoi je me bats le reste de ma vie ...
Et l'on se plaint de l'abstention ?
Un jour peut-être, aurais-je à nouveau confiance dans le gouvernement de cette république que j'aime. Mais aujourd'hui, je vois surtout un groupe de couilles molles soumises à Dassault et Monsanto, et qui serrent les dents pour être réélus afin pouvoir continuer à s'offrir des déplacements en jets privés, des gens dont le rôle est de nous protéger et qui nous ont pourtant vendus au plus offrant, des êtres humains dont la faiblesse met l'humanité entière en danger.
Si je continue à me battre aujourd'hui, c'est pour les gosses.

Usul ...

Il y a quelques temps de cela, mon ami Manu m'a fait découvrir quelques chaînes youtube : Celle du joueur du grenier, celle d'Usul, celle de RealMyop ...
Ces noms ne vous disent peut-être rien, ou peut-être au contraire tentez-vous de cacher leur familiarité comme le professeur face à un élève qui lui parle de Katsuni.

Que cela soit dit : je suis ce qu'il convient d'appeler un geek. Je suis passionné par le jeu vidéo, la bande dessinée, le cinéma populaire, j'ai passé plusieurs centaines d'heures sur Diablo II, j'ai fini GTA III et Vice city à 100% ... et durant de longues années, j'ai caché cela, honteux, au point de le nier et de tout refouler.

Mais c'était il y a longtemps, et cette dernière année, je me suis assumé au point de créer avec deux collègues une classe "éducation à la pratique vidéo-ludique" au collège. Une première en France, si si ! J'ai même eu droit à une télé sur Nolife à une heure de grande écoute, et à des retours passionnés, passionnants et enthousiastes. J'ai ressorti toutes mes vieilles consoles, suis parti en quête de nouvelles, me suis documenté, ai beaucoup réfléchi, construit, me suis plongé dans bien des aventures vidéo-ludiques ...

Rien de tout cela ne serait arrivé sans Usul, de son nom complet "Usulmaster" (nom qui combine un goût évident pour la SF de qualité et une emphase très adolescente). Le jeu vidéo est-il un art ? En quoi apporte-t-il réellement quelque chose de nouveau ? Dans la narration ? Quelle signification apporter à l'interactivité, au gameplay ? Tant de questions qui m'avaient alors abordé et auxquelles je n'osais réellement me consacrer, préférant me plonger dans Euclide ou Descartes, trouvèrent alors un terreau favorable. La plume d'Usul, toujours sobre et élégante, drôle, révèle une pensée construite, documentée, solide, et mon univers a immédiatement adopté ce nouveau penseur, aux côtés de bien plus célèbres et universitaires.

Une pensée intéressante sur le jeu vidéo ? Enfin !

Il faut dire que cela arrive à point nommé : ma génération, qui a grandi avec la Nintendo première du nom et la game boy, a aujourd'hui trente ans, et nombreux sommes-nous à sentir une petite larme nostalgique aux notes de M. Koji Kondo. Le "retro gaming" a depuis quelques années le vent en poupe et l'émulation nous permet de revivre ses oeuvres les plus illustres, les redécouvrir, et les regarder de notre œil adulte, nourri de trois décennies de Culture avec un grand C.
Si je ne remercierai jamais assez Usul de m'avoir initié à l'oeuvre de Shigesato Itoi (Mother, trilogie de jeux beaux à pleurer dont la musique fait aujourd'hui partie des favoris de mon iPod), c'est je pense toute une génération, peut-être même un communauté, qui devrait le remercier d'avoir ainsi ouvert une voie. Ne rêvons plus : le jeu vidéo, à l'université ? Ce n'est plus un rêve mais un projet, puisqu'il est aujourd'hui accueilli à bras ouverts dans les collèges.
L'image du gamer mal dans sa peau dans une chemise trop petite, avec des grosses lunettes et des cheveux gras a fait long feu. (D'autant que ça donne un look assez hipster).De nos jours le jeu vidéo fascine, intéresse, interroge, et s'il reparaît régulièrement diabolisé par les propos ignares d'un présentateur ignared'un journal télévisé ignare, ces propos sont bien vite balayés par un reportage ignare d'un journalisteignare au sujet de GTA V (jeu pourtant d'unre rare violence) et de ses bénéfices vertigineux (Bande d'ignares !).

Que dire d'autre ? Les auteurs et créateurs de qualité prolifèrent, le jeu indépendant explose, il ne manquait qu'un recul culturel au jeu vidéo pour lui donner enfin la grandeur qu'il mérite. Usul en a écrit la préface.

Cela pourrait être tout mais non. Même pas. Depuis quelques temps, Usul a quitté jeuxvideo.com pour se lancer en youtubeur indépendant pour parler bien sûr de jeu vidéo. politique et sociologie
Je l'ai attendu au tournant, méfiant comme je peux l'être de tous ces gens qui ont une conscience politique.
Mais quelle surprise ! Là encore sa plume est sobre et élégante, drôle, révèle une pensée construite, documentée, solide.

Chaque reportage fourmille de documentation et soulève mille questions. Je n'ose ajouter "enseigne" car Usul n'est pas universitaire et le sait. Il n'est pas là pour nous dire ce qui est vrai mais pour nous présenter l'état actuel de sa pensée.


Je n'ai pas suivi émission aussi intéressante depuis longtemps.



Que dire de plus ...

Ma petite France ...

Ma France, ma petite France, mon pays, n'aie crainte. Que telle souffrance nous prenne aux tripes prouve encore que l'on t'aime.
Nous nous sommes égarés, nous avons tout cru acquis. A 35 ans, je n'ai jamais mis la main au fusil. Cela me semble normal. Cela me semble juste alors même que c'est une chance incomparable. J'en oubliais que tu m'en protégeais. Nous subissons la crise alors même que notre niveau de vie aurait fait rêver nos aïeux. Nous nous sentons exploités alors même que nous consommons des produits fruits de l'esclavage ou de l'asservissement de peuples entiers.
Aristocrates, enfants gâtés !
Qui a besoin d'une télévision 127 cm s'il n'a pas les moyens de faire manger convenablement ses enfants ? Cela mérite-t-il de cautionner passivement le travail d'autres enfants dans des usines en Corée ?
Qu'a-t-on besoin d'un smartphone, et que valons-nous si nous en changeons tous les deux ans, alors même que son écran tactile est le fruit de guerres civiles qui détruisent des civilisations ?
Qu'a-t-on besoin d'acheter des tomates qui viennent d'Italie, alors même que le producteur, là, juste à côté, peine à vendre les siennes ?
Pourtant le contexte est suffocant.
Les élèves du collège où je travaille n'ont jamais semblé aussi perdus ou malheureux ...
Aussi incroyable que cela semble, les solutions sont là. Elles sont simples.
Non. Il ne s'agit pas de problèmes de mœurs, de mariages sodomites qui nous attireront les foudres du seigneur ou d'étrangers qui nous volent notre travail à régler. C'est bien toute la différence entre simple et simpliste.
Ne comptons plus sur les politiques pour nous sortir de cette crise. Ils n'y peuvent rien. Ne leur demandons plus l'impossible, nous n'avons plus quatorze ans ! (Sauf ceux qui ont quatorze ans, auquel cas : révisez le brevet, c'est dans un mois !) Confions-leur ce que nous pouvons leur confier : notre sécurité, notre éducation, notre santé, notre nation ... La situation économique actuelle est de l'avis général un chaos imprévisible pris dans un vortex d'entropie qui ne peut que s'effondrer à plus ou moins long terme et dont il semble difficile de se sortir.
Qui aujourd'hui croit encore en notre modèle économique ?
Nous devons à tout prix, prendre la mesure de notre responsabilité. Un exemple ? Soit.
"Oulah, il n'y a bientôt plus d'essence et ça pollue : Créons des voitures électriques.
Ah mince : Pour l'électricité il faut des usines nucléaires parce que les énergies renouvelables ne produisent pas assez.
Pas de souci : Inventons les bio-carburants.
Et non il y a encore un problème : pour produire les bio-carburants, il faut cultiver les fonds marins et les appauvrir ...
etc.
"
Cessons d'oublier les conséquences de nos actes.
L'essence pollue ? Soyons plus précis : L'utilisation de moteur pollue ! Quel que soit le carburant. L'impact environnemental est plus ou moins direct mais il existe.
Quelle est LA SEULE solution : Cesser de s'en foutre et penser à la portée de chacune de nos actions.
"J'achète un vélo. J'arrête de voyager." est un début de solution. De plus cela coûte moins cher, et c'est super bon pour la santé.
Là aussi, tentons de penser finement : "et si je suis passionné par les voyages ? Par la découverte de culture ? Par la communication entre les peuples ?" Et bien peut-être, l'énergie utilisée pour ces voyages ne sera-t-elle alors pas gaspillée, mais au contraire rentabilisée.
Nous avons les clefs. Elle sont élémentaires. Consommons mieux, local, équitable, cessons de financer des guerres par notre paresse et notre passivité. Réfléchissons, organisons-nous. Cessons de nous cacher derrière des idées reçues : acheter moins cher c'est bien souvent cautionner une injustice.
Les financiers n'ont que le pouvoir que nous leur donnons. L'homme est TOUJOURS responsable. Coupons les vivres à un monde qui empoisonne nos abeilles et redonnons les moyens aux travailleurs et au savoir-faire.
Le raz-de-marée du 25 mai 2014 est historique, effrayant.
Que d'erreurs ! Tant d'intelligence gâchée ! Quelle passivité, quelle torpeur !
Je ne puis, pour calmer mon angoisse, qu'espérer que cela permettra à mes contemporains de comprendre l'importance de leur responsabilité.
"Ne pas voter" peut être un acte républicain.
"Ne pas voter parce que je m'en fous" est un acte antisocial, anti-civique et destructeur. Qui ne l'a jamais fait ? Je sais. Tout le monde fait des conneries. Mais c'est à cela que sert la dialectique.
Même "voter FN" peut être un choix républicain. Une erreur probablement. Mais c'est avant tout un choix de peur et de colère. Le discours de ce parti est une insulte à l'intelligence, et surtout, et c'est bien là le pire, prend ses électeurs pour des demeurés : les modèles sont simplifiés à l'extrème, les raisonnements bourrés de syllogismes tordus digne des Shadoks.
N'ayez pas peur de réfléchir. N'ayons plus peur d'apprendre.
Tous, nous avons TOUS peur de la crise. Peut-être n'est-ce justement que le signe que nous attendions pour enfin changer !
Plusieurs mouvements de vie alternative s'installent ça et là.
Le DIY (do-it-yourself) fleurit sur le net depuis des années. Dérivé des mouvements punk, il entreprend de partager un maximum de savoir-faire sur des domaines variés : Il m'a permis d'apprendre de l'électronique, et j'ai ainsi pu me fabriquer pour quelques centaines d'euros de pièces détachées un matériel de musique de qualité pro qui vaudrait près de deux mille euros.
La permaculture, qui consiste à vivre du produit de sa terre en laissant la nature travailler, sans l'épuiser, pour la rendre toujours plus fertile d'année en année a permis à M. Fukuoka de faire naître des oasis au cœur de déserts parmi les plus arides.
Le mouvement du Tiny House, qui arrive enfin en France, propose de réorganiser son habitation sur un espace restreint (<20m² ! ) dans des maisons do-it-yourself donc de coût réduit, ce qui permet de vivre sans emprunt, mobile, libre et de redistribuer son temps aux gens qu'on aime, tout en économisant sur le chauffage et tous les frais parasites existants dans une maison traditionnelle.
Les Incroyables Comestibles tendent à remplacer petit à petit les plantes d'ornement inutiles en ville par des comestibles libres à tous !
Et tout cela est fortement cumulable pour toujours plus de bénéfice.
Une dialectique merveilleuse entre savoir faire traditionnel, connaissances scientifiques actuelles, et la synthèse de toutes les pensées humaines ...
Une révolution ! Sans arme, ni bruit ... Silencieuse.
Oui silencieuse.
DONC PARLONS-EN !
France, ma France, ma petite France : nous ferons de toi un paradis tranquille où les fraises pousseront sur les parvis des hôtels de ville. Que peut-on rêver de mieux ?
Le FN a-t-il vraiment mieux à proposer ?
Qui est partant pour m'aider ?

Le jour où j'ai su ...

Très tôt, je me suis demandé comment je réagirais dans des situations extrêmes.
Qui serais-je en temps de guerre ? Et si le bâtiment prenait feu là maintenant tout de suite ? Et s'il y avait une prise d'otage au collège ? Et si quelqu'un se faisait agresser devant moi là maintenant tout de suite ?
La liste est longue.
Evidemment, on s'en sort toujours avec brio en rêverie. 
Un jour, je discutais avec une amie qui me racontait son agression plusieurs semaines auparavant. Ce qui l'avait choqué me disait-elle, c'était de voir les gens autours qui n'ont pas bronché. Ils avaient la trouille. Et j'abondais dans son sens. Oui. C'est lamentable ... Ce sont des couards, des faibles.
Mais je savais.
Il est facile de s'illusionner. De se dire "je sais que si telle chose arrivait, je ne montrerais que courage et témérité et la la la". 


Il y a très longtemps, une autre vie si j'ose dire, si cela n'était pas ridiculement vrai, pour être plus exact il y a neuf ans à peu près, je me trouvais à une grande soirée organisée par les STAPS de l'université de Caen. Grosse fête, comme prévu, je m'y ennuyais après une demi-heure, mais bon j'étais avec les copains, il y avait de la bière à 50 cents et la musique était ridiculement drôle.
Trois-quatre heures du matin, les gens s'en sont allés les uns après les autres, et avant de partir, je suis passé aux toilettes. Des cabines individuelles. Une lampe clignotait. Une canalisation, quelqu'elle soit, avait dû lâcher, puisque de l'eau se répandait par terre. Glauque, mais pas inhabituel. Je m'installai. J'ai alors commencé à entendre du bruit dans la cabine d'à côté. Une fille marmonnait. Je tendis l'oreille. Et j'entendis ces quelques mots qui me hanteront des années encore (au moins neuf années donc...) "Tu vas me sucer salope, oui ?" puis, mais peut-être n'est-ce qu'une reconstruction de mes souvenirs, des sanglots, une claque.
Certainement livide, retourné, je suis sorti de ma cabine, je suis allé sortir le mec de sa cabine lui ai défoncé la tête et ai aidé la demoi et me suis dégonflé ... Plus fort que moi. Je savais que j'aurais pu aller ouvrir la porte, cela aurait pu peut-être, je ne sais pas, permettre à la fille de s'enfuir, qu'est-ce que j'en sais putain ! Mais non. Impossible. Tout bloquait, mes membres semblaient se raidir et tous mes intestins se liquéfier.
Avant que tout le monde me conspue, attention, j'ai fait mon devoir de citoyen. Je suis allé prévenir un videur qui s'est précipité dans les toilettes, est allé sortir le mec de sa cabine, lui a défoncé la tête et a aidé la demoiselle, la prenant par l'épaule et la conduisant à l'infirmerie. Il m'a même remercié d'être venu le prévenir, sous-entendant que tout le monde ne l'aurait pas fait. A plusieurs reprises, lorsque j'ai rapporté cette histoire, à des gens triés sur le volet et souvent sous couvert de secret médical, l'on me précisa que j'avais pris la bonne décision.
Certes, il aurait été stupide, de me jeter dans une bagarre, sachant :
- que je ne sais pas me battre
- qu'en plus j'étais saoul
- que je n'avais aucun moyen de savoir à quoi ressemblait ce mec, ni même s'il était armé
- qu'il y a des types juste à côté dont c'est le métier et qui sont formés pour ...

Mais surtout, je me suis dégonflé. Un lâche. Un de ces nombreux minables qui passent à côté d'une agression sans intervenir de peur d'en prendre une. 
Peut-être, me direz-vous, dans d'autres circonstances, cela se serait-il passé autrement. Peut-être. Et de fait, à quelques reprises, je me suis rattrapé. Mais aujourd'hui, je ne peux plus me cacher derrière ces merveilleux fantasmes de "et si qu'on dirait que c'était la guerre et qu'on était des résistants et qu'on serait trop fort". Non. Je ne peux même plus en vouloir à tous ces lâches ...

Très tôt, je me suis demandé comment je réagirais dans des situations extrêmes.
Qui serais-je en temps de guerre ? Et si le bâtiment prenait feu là maintenant tout de suite ? Et s'il y avait une prise d'otage au collège ? Et si quelqu'un se faisait agresser devant moi là maintenant tout de suite ?
Ce jour là, j'ai su que rien n'était si simple ... Une illusion d'enfance perdue à jamais. Nous ne sommes probablement que des gens qui essayons tous de faire de notre mieux, mais qui échouons la plupart du temps.